Les journaux sur l’internet

Depuis au moins une dizaine d’années, la consommation de journaux papier est en déclin. Leur lectorat se fait vieux et les jeunes générations, plus branchées que jamais, s’intéressent peu aux journaux papier. Il faut aussi savoir que, pour les jeunes générations, élevées à l’ère de la gratuité sur l’internet, il n’est pas question de dépenser un sou pour s’informer!

Pour les journaux papier, c’est donc l’enfer! Des compressions salariales importantes sont demandées aux employés. Le journal La Presse, après avoir supprimé son édition du dimanche, supprime maintenant son édition papier en semaine.

Localement et sauf pour le journalisme sportif, le vrai métier de journaliste se fait maintenant rare. Certaines agences de nouvelles préfèrent par exemple engager à peu de frais des journalistes en Inde pour rédiger des analyses financières complexes qui seront ensuite vendues et publiées dans de grands quotidiens… D’ailleurs, les nouvelles générations, en général plus instruites, ont souvent l’impression que certains journalistes d’ici se prennent pour d’autres en se permettant constamment d’ajouter leur opinion personnelle à l’actualité. Habitués au monde de l’internet où toutes les opinions se valent, les jeunes acceptent mal l’idée qu’un chroniqueur vienne du haut de sa tribune faire la leçon.

Contrairement à cela, croient-ils peut-être un peu trop naïvement, l’internet leur permet de s’informer objectivement et de s’exprimer librement. Ils échapperaient de la sorte, pensent-ils, à la rhétorique élitiste des médias traditionnels locaux.
Plusieurs grands journaux se sont dès lors associés à Google et à Yahoo!. Dorénavant, ce sera beaucoup de photos et de courts textes. L’internaute n’a pas le temps de s’arrêter longtemps sur une nouvelle. Les nouvelles cocasses sont à la une. L’information doit être divertissante.

De plus, dans cette effervescence informatique, le secteur des services prend souvent le dessus : il s’agit d’offrir au lecteur une panoplie incroyable de services de toutes sortes, comme l’achat de billets d’avion ou de spectacles, ou encore des conseils pour la maison, sans compter d’innombrables recettes culinaires.

Suivant cette perspective, le journal quotidien se transforme en une sorte d’almanach du peuple offrant en série à ses lecteurs de multiples mini-reportages payés en grande partie par des commanditaires.

Finalement, une question fondamentale se pose : avec tous ces nouveaux accommodements, les journaux locaux et nationaux resteront-ils aptes a desservir la population avec une information songée et de qualité ou ne seront-ils, à l’image de l’internet, qu’un vaste bazar de nouvelles hétéroclites?

Pierre Desjardins, philosophe

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