Derrière les plages de la République dominicaine…

En cette journée internationale des droits de l’Homme, la Concertation pour Haïti dénonce les expulsions vers Haïti de travailleurs de nationalité ou de descendance haïtienne par le gouvernement de la République dominicaine ainsi que le déni de nationalité à l’égard de la majorité d’entre eux.

Depuis juin 2015, le gouvernement dominicain dit avoir déporté 80 000 personnes à la frontière haïtienne, où près du tiers d’entre elles vivent dans des camps improvisés. Près de 20 cas de choléra ont été déclarés, et une dizaine de personnes y sont décédées. Et ce n’est là que le dernier chapitre d’une longue histoire de discrimination.

À partir des années 1920, les Haïtiens ont contribué à la richesse de la République dominicaine, s’esquintant à couper de la canne à sucre, un secteur de l’agriculture où les conditions sont dignes de l’esclavage.

Au milieu des années 1980, la baisse des prix du sucre amène un grand nombre d’entre eux à trouver du travail dans d’autres secteurs. Mais bien que leur labeur soit indispensable à l’économie du pays, ils sont systématiquement discriminés et considérés comme des citoyens de seconde classe.

Dans les années 1990, les secteurs nationalistes dominicains qualifient leur présence d’«invasion pacifique» et réclament des mesures sévères pour limiter l’immigration haïtienne et restreindre l’obtention de la nationalité dominicaine.

L’histoire de Violeta et Sofia en témoigne. Violeta n’a pas étudié au-delà du primaire, car les cartes d’identité sont nécessaires à l’inscription au secondaire. Sofia, sa fille, née en 1995, n’a pas de papiers d’identité puisque sa mère n’en a pas. L’accès à l’éducation lui a donc été également refusé, au-delà du primaire. Et il en sera de même pour ses enfants. Ce cas a été porté devant la Cour interaméricaine des droits de l’Homme et il a donné lieu en 2005 à une sentence et à des demandes de réparation à la République dominicaine portant sur le droit à l’identité et à l’éducation.

En dépit de cette sentence, la République dominicaine persiste dans sa négation du «droit du sol», norme internationale qui accorde la nationalité d’un pays aux enfants qui y sont nés, et ce, indépendamment du statut migratoire des parents.

Ensuite, les autorités ont décidé que les enfants nés de parents en situation irrégulière n’auraient jamais dû avoir droit à la nationalité dominicaine et appliquent cette décision rétroactivement à 1929! C’est donc la presque totalité des travailleurs étrangers et leurs enfants qui se voient refuser la nationalité dominicaine: ils deviennent des apatrides, des sujets sans aucun droit et d’une grande vulnérabilité. Ils seraient près de 200 000 dans cette situation, en République dominicaine.

Au vu de ces violations, la Concertation pour Haïti demande au Canada d’intervenir auprès du gouvernement dominicain afin:
– de mettre en place des mécanismes efficaces d’octroi de la nationalité dominicaine et des droits qui en découlent aux travailleuses et travailleurs étrangers dont la majorité est d’origine haïtienne;
– d’assurer que les instances gouvernementales impliquées dans le traitement des procédures de nationalisation accordent aux demandeurs un traitement non discriminatoire;
– de cesser les expulsions et déportations des populations d’origine haïtienne de son territoire.

Madeleine Desnoyers, pour les membres de la Concertation pour Haïti: Alternatives, Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), Centre international de solidarité ouvrière (CISO), Centre justice et foi, Comité de solidarité de Trois-Rivières (CS/TR), Développement et Paix, Église unie du Canada, Équitas, Fédération des travailleuses et des travailleurs du Québec (FTQ), L’Entraide missionnaire, Solidarité-Union-Coopération (SUCO)

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