Lettre à madame Thériault

À la suite de la lecture de l’article «Ministre de la Condition féminine, Lise Thériault ne se dit pas féministe», écrit par Jocelyne Richer, nous ne pouvons passer sous silence la consternation que nous avons ressentie.

Bien sûr, madame la ministre, nous savons que le mot «féminisme» fait peur. Vous n’êtes pas la seule à croire que le féminisme est un combat du passé. Pourtant, le combat féministe est loin d’être terminé. Plusieurs associations semblent réfractaires à utiliser le terme «féminisme» dans leurs revendications. Mais, en y réfléchissant, si les féministes n’osent pas se servir de ce mot, qui osera le faire?

Lorsque vous dites que vous êtes «beaucoup plus égalitaire que féministe», vous faites plusieurs erreurs. La plus flagrante est lorsqu’on regarde la définition du féminisme : «[m]ouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société», selon le Larousse. N’est-ce pas l’idée même d’avoir une ministre de la Condition féminine? Il n’est pas anodin de constater que la lutte principale des femmes est elle-même considérée comme inférieure, insignifiante ou obsolète.

Quand vous dites vous opposer aux quotas dans la politique, c’est une chose. Toutefois, c’en est une autre que de préciser que cela «fausserait le jeu de la démocratie». Car, s’il y a bien une chose qui est faussée, c’est le système politique en entier, qui favorise et qui a toujours favorisé les hommes. Pensez au temps qu’il faut consacrer au parti avec lequel on se présente. Toutefois, s’impliquer dans un parti, quand on est mère et qu’on a déjà un emploi de 9 h à 17 h et être ensuite obligée de s’occuper (encore en 2016) des deux tiers des tâches ménagères et des enfants… c’est risquer de voir le temps nous manquer. Le problème réside principalement dans les injustices structurelles auxquelles celles-ci font face. Rappelez-vous cette journée de l’automne passé lorsque vous avez éclaté en pleurs devant les caméras. N’avez-vous pas trouvé que les critiques qui vous ont été faites par la suite étaient particulièrement sévères? N’avez-vous pas eu l’impression qu’on aurait été plus tolérant si vous aviez été un homme? Peut-être pas. Mais nous pensons qu’il est tout de même intéressant de se questionner à ce sujet.

Enfin, nous conclurons par une phrase que nous n’aurions jamais cru devoir dire à la ministre de la Condition féminine, mais nous croyons aujourd’hui qu’il pourrait être intéressant que vous la méditiez : Non, madame la ministre, les femmes n’ont pas atteint le même niveau d’émancipation que les hommes.

Laurie Bernier-Beaupré, Milène Lokrou, Camille Lambert Deubelbeiss, Eve Gaucher et Émile Gauthier, comité exécutif des Féministes en mouvement de l’Université Laval

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