Archives TC Media La bibliothèque de l’école Saint-Jean-de-Matha devrait être transférée dans le salon du personnel, déplore un parent d’élève.

La langue française et la CSDM

Au début de ce mois de mai revenaient dans nos médias les grands effets de manche de politiciens et de vedettes : la langue française est en danger au Québec et dans les médias sociaux dont nos jeunes sont si friands, et sur l’internet où ils passe(rai)ent leur vie…

Pendant qu’on nous ressert le plat du «français en danger» et qu’on nous agite la Loi 101 comme un épouvantail en nous faisant croire qu’elle n’est pas assez sévère, ni assez exigeante, il existe des réalités bien plus sournoises et nuisibles à la pratique et à la correction du français dans son usage quotidien par les premiers intéressés, nos enfants.

Laissez-moi vous faire part de ce qu’on s’apprête à faire dans l’école de mes enfants, leur école de quartier dans Ville-Émard, arrondissement du Sud-Ouest, dans un secteur récemment classé défavorisé. J’insiste : un secteur défavorisé. À la rentrée prochaine, la bibliothèque de l’école Saint-Jean-de-Matha devrait être transférée dans l’actuel salon du personnel, un local beaucoup plus petit, où il sera impossible de recevoir les classes pour bouquiner, faute de place disponible pour accueillir à la fois les étagères de livres, les tables et les chaises en nombre suffisant. Pourquoi ce transfert? Parce que l’école accueille de plus en plus d’élèves et aura besoin d’une nouvelle salle de classe, mais la Commission scolaire de Montréal (CSDM) considère qu’une école n’est pas en manque d’espace de classe tant qu’il existe dans cette école une bibliothèque occupant une salle de classe. Les parents d’élèves ayant choisi de garder la bibliothèque, celle-ci doit donc se ramasser au point de ne plus être qu’un placard à livres (amélioré : il aura quand même des fenêtres et une ou deux tables, plus un four micro-ondes pour accommoder les enseignants pour leur dîner). Aucun doute que ce genre de démarche va sensiblement améliorer la qualité du français dans notre école, au moment même où les enseignants déploient des trésors d’énergie pour stimuler le goût de la lecture chez leurs élèves…

Est-ce qu’on pourrait arrêter de défaire d’un bord ce qu’on essaie de construire de l’autre? À côté de mes occupations professionnelles, je suis bénévole dans cette bibliothèque, comme plusieurs autres mamans d’élèves. Depuis la rentrée 2016, nous avons appris de la CSDM qu’elle ne prenait plus en charge la réparation des livres abîmés des bibliothèques de ses écoles, depuis qu’elle a dû rationaliser ses coûts pour des raisons de coupes budgétaires. Ainsi, les livres patiemment renouvelés au cours des dernières années à grands frais de campagnes de financement, payées par des parents en zone défavorisée, lorsqu’ils sont abîmés d’avoir été trop lus et manipulés seraient envoyés à la poubelle, parce que la CSDM n’a plus les moyens de payer les quelques dollars de l’heure offerts aux organismes de bienfaisance en échange de la réparation des livres de nos enfants? Si tous n’y vont pas directement, c’est seulement grâce au dévouement d’un grand-papa d’élève, qui essaie de donner une seconde vie aux livres récupérables…

Alors mesdames et messieurs nos responsables politiques, médiatiques et consorts, épargnez-nous votre politique à la petite semaine sur la langue française.

Faisons preuve de responsabilité et de bon sens, prenons les problèmes à la base, un à la fois, et la qualité du français commencera à s’en porter mieux.

Armelle Wolff, parent d’élève et bénévole, Montréal

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