Chantal Levesque/Métro

Valoriser l’économie collaborative

Le conservateur Winston Churchill, premier ministre britannique dont les périodes de gouvernance ont été marquées par de grandes turbulences, aurait déclaré que le changement frappe à la gorge si on refuse de le prendre par la main.

Ces propos sont pour moi éloquents dans le cadre du débat entourant le service controversé que représente UberX. Les critiques envers l’entreprise Uber me semblent entièrement légitimes, soyons clairs. En imposant, entre autres, une concurrence déloyale à l’industrie québécoise du taxi, l’entreprise de San Francisco s’est avérée une piètre citoyenne d’affaires.

À titre d’utilisateur occasionnel des services de taxi, toutefois, il me semble que le projet de loi 100 n’est pas dépourvu d’inconvénients. Celui-ci renforce notamment le système des quotas, aujourd’hui archaïque, sur lequel l’industrie du taxi s’est assise pendant de nombreuses années. Selon un regard externe, il envoie le signal que notre province tend à se fermer à l’innovation, en plus d’alimenter un modèle qui a suscité – et risque de provoquer de nouveau – l’exaspération des usagers.

Le projet de loi 100 ne devrait pas avoir pour effet de préserver dans son état actuel l’industrie du taxi en cherchant à étouffer les modèles potentiels de concurrence. Emprunter cette avenue revient à rejeter les paradigmes nouveaux induits par notre époque.

Dans ce cas précis, sans chercher à préserver les activités d’Uber, il aurait été à mon avis préférable d’établir une législation susceptible d’assurer une saine cohabitation entre le régime des taxis, le service UberX et les modes de transport qui s’inscrivent dans le cadre de l’économie collaborative.

N’y a-t-il pas une place pour la modération, un équilibre entre le transport assuré par l’industrie du taxi et les modèles alternatifs? L’Assemblée nationale a le pouvoir, au nom de la collectivité, d’adapter les lois au gré des évolutions sociales et économiques, non?

Le projet de loi sur l’industrie du taxi devrait dans les faits avoir le bien des citoyens comme priorité. Il devrait réformer le modèle de l’industrie du taxi pour permettre à celle-ci de s’adapter aux bouleversements actuels et, surtout, prochains.

Rappelons que l’économie de partage est propulsée depuis quelques années par l’avènement de nouvelles plateformes technologiques. Nous ne pouvons vraisemblablement croire que cette tendance se résume à une sorte de mode passagère. Les échanges de service entre citoyens risquent au contraire de s’accroître au courant des prochaines années. Des études le montrent, que cela plaise ou non.

D’autres industries – hôtelière, commerce au détail, etc. – seront bouleversées prochainement par l’attrait que génère l’économie collaborative. Celle-ci ne se réduit pas à la pratique du covoiturage.

Dans ces conditions, les gouvernements qui se succèdent à Québec ne pourront pas continuer à légiférer contre la mutation dans l’espoir de préserver des secteurs ayant un modèle défaillant. Une aversion trop grande pour le changement est malsaine, au même titre qu’une propension irraisonné à l’égard de l’innovation. Revient à nos élus la tâche d’établir un juste équilibre. Pour y arriver, il est préférable, succinctement, de «réformer» plutôt que de chercher à «préserver».

Gabriel Poirier, Étudiant en histoire à l’Université de Montréal

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