Déformation de la réalité par Monocle

Peu importe qui la fait, la comparaison entre le référendum sur le Brexit et les référendums québécois sur l’indépendance est boiteuse, voire impossible à faire.

Malgré cela, le magazine Monocle, fondé en 2007 et détenu par le Manitobain d’origine Tyler Brûlé, a décidé de faire cette comparaison pendant 29 minutes dans sa baladodiffusion Foreign Desk, diffusée le 2 juillet 2016: London and Montréal: what
lessons can Quebec teach post-Brexit Britain?

Évidemment, cela aura été l’occasion pour les intervenants choisis par Monocle et pour Tyler Brûlé lui-même de caricaturer les situations québécoise et montréalaise, de mettre de l’avant des faits erronés ou carrément inventés.

En effet, la balado débute par un portrait misérabiliste et triste d’une ville nostalgique : Montréal, post-référendaire. Référendum de 1980 ou de 1995? Brûlé ne le précise pas, peut-être par paresse ou en raison de son incompréhension de la situation politique québécoise. Je ne sais pas. Peu importe, selon ce qu’on entend, le référendum à la date inconnue aurait «fracturé une grande ville, brisé la confiance de la population et fait évaporer des amitiés en une seule nuit». On sent le ton.

Pire encore, l’éditeur en chef et fondateur de Monocole s’attarde ensuite à brosser un portrait plus grand que nature de Montréal dans les années 1960 et à le comparer à un portrait amoindri de Toronto dans ces mêmes années pour, par la suite, affirmer que c’est seulement à cause des référendums et des «lois linguistiques lourdes» que Toronto a pris la place que Montréal occupait.

Il affirme que tous les sièges sociaux internationaux étaient à Montréal avant le référendum et que la Banque de Montréal (BMO) est partie à cause de ce dernier.

Dans les faits, Toronto compte plusieurs sièges sociaux internationaux et institutions financières sur son territoire dès 1914. Ce nombre augmentera bien sûr par la suite, mais est-ce à cause des référendums québécois ou en raison d’un contexte politique fédéral favorable à la Ville Reine?

En ce qui a trait à la BMO, elle a effectivement déplacé une grande partie de ses activités de Montréal vers Toronto. Ce qui n’est précisé nulle part par contre, et ce, même si l’exemple est utilisé à maintes reprises, c’est que cela s’est passé en 1977, donc avant les deux référendums. C’est l’États-Unien William D. Mulholland, président de la BMO à l’époque, qui a pris cette décision en raison de «taxes trop élevées, de lois linguistiques restrictives, d’une attitude négative envers les entreprises». La loi 101 est donc effectivement une des causes, mais pas les référendums.

Le biais majeur de cette balado est par ailleurs encore plus visible lorsque Tyler Brûlé décrit la situation tout juste après le référendum de 1995. Il termine en disant : «Une grande partie du Canada en avait assez de l’attention portée au Québec et aux distractions qu’il apportait, de l’argent dépensé et des occasions perdues».

Voir le processus référendaire de 1995 de cette façon montre une forme de colonialisme malsaine, car on s’attarde à l’opinion canadienne sur une situation politique québécoise. À cela s’ajoute une vision complètement idéalisée du rôle du gouvernement fédéral à ce moment puisque l’argent dépensé aurait dû être seulement québécois, mais le gouvernement fédéral a préféré faire une fraude de plus d’un demi-million de dollars pour s’assurer de gagner par 1 %. Le même gouvernement a d’ailleurs fraudé pour plus de 300 M$ lors du scandale des commandites, de 1997 à 2005, pour promouvoir l’idée fédérale au Québec. Ça aussi Tyler Brûlé oublie de le dire.

Bien que la liste d’informations erronées et de clichés véhiculés soit incomplète, cela montre que, malgré sa réputation, Monocle a peut-être plus qu’une ligne éditoriale. Dans ce cas, Monocle avait un biais et souhaitait justifier son point de vue à tout prix en brossant un portrait semi-éclairé de la réalité.

Francis Therrien

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