AFP Mark Zuckerberg

Wow, quelle semaine!

En l’espace de quelques jours, l’inspecteur viral est passé d’un des seuls journalistes du Québec à consacrer des articles aux phénomènes de la désinformation sur le web à un journaliste parmi tant d’autres. Les fausses nouvelles, c’est à la mode! Pourquoi donc?

Republican Presidential nominee Donald J. Trump delivers remarks during a rally at Mohegan Sun Arena in Wilkes-Barre Twp., Pa. on Monday, Oct. 10, 2016. (Christopher Dolan / The Citizens’ Voice via AP)

Ah, ouin.

En fait, presque tous les médias de la planète ont, à juste titre, commencé à paniquer à propos des fausses nouvelles et du rôle qu’elles auraient pu jouer dans l’élection du 8 novembre. Un seul coup d’oeil au graphique suivant, préparé par l’éditeur de BuzzFeed Canada, Craig Silverman, semble donner raison à la thèse:

Dans le graphique, qui se base sur une autre excellente enquête de BuzzFeed, on voit les taux d’engagement (j’aime, partages, commentaires) des 20 publications Facebook les plus populaires venant de vrais médias d’information, et de celles venant de sites de fausses nouvelles. Surprise, dans les derniers mois de la campagne, les sites de fausses nouvelles ont dépassé les médias traditionnels en terme de popularité sur Facebook.

C’est inquiétant, et comme l’inspecteur l’a déjà dit, dangereux pour la démocratie.

Dans les jours qui ont suivi l’élection, nombre de chroniqueurs ont appelé Facebook à faire quelque chose pour essayer de pallier au problème. Le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a tout d’abord déclaré qu’il était «ridicule» que les fausses nouvelles sur Facebook aient affecté l’élection. Vînt ensuite une fuite au site Gizmodo, où des employés de Facebook ont affirmé que le réseau social avait mis au point un algorithme pour empêcher la propagation des fausses nouvelles, mais que celui-ci avait été abandonné parce qu’il semblait pénaliser surtout les sites à la droite de l’échiquier politique. Un autre article de BuzzFeed citait plusieurs sources anonymes au sein de Facebook, qui avançaient qu’il y avait une réelle dissension dans l’entreprise sur cette question.

En début de semaine, le moteur de recherche Google annonçait vouloir bannir les sites de fausses nouvelles de son système de revenus publicitaires AdSense. Facebook a finalement annoncé sensiblement la même chose le soir-même.

Alors, finalement, que de bonnes nouvelles?

Wô patate! En l’opinion de l’inspecteur, ça ne changera au final pas grand chose. Voici quelques raisons:

Ces mesures n’arrêteront pas la propagation des fausses informations sur les réseaux sociaux. C’est bien de limiter les revenus des sites de fausses nouvelles, mais cela n’affectera en rien les pages Facebook qui mettent de l’avant toutes sortes de contenu trompeur. Beaucoup de fausses informations ne sont même pas hébergées sur des sites, mais vivent plutôt sous forme de memes ou de vidéos dans Facebook lui-même. Comment va-t-on arrêter leur propagation?

Cela n’affectera pas les pages Facebook hyper partisanes. L’enjeu des fausses nouvelles lors de l’élection américaine, c’est que plusieurs pages Facebook hyper partisanes ont sciemment fait circuler des faussetés dans le but d’affecter le résultat du scrutin. Qu’on coupe les revenus à ces acteurs ne changera rien. Ils le font pour des raisons idéologiques, pas pour de l’argent. À tout le moins, ça limitera la venue de sites de désinformation qui ne le font que pour générer des revenus, comme ces jeunes ados macédoniens qui n’en avaient rien à balancer de l’élection, mais qui ont tout fait pour que Donald Trump gagne parce que ça leur apportait de l’argent.

Personne ne s’entend sur ce que c’est, un «site de fausses nouvelles». Google et Facebook affirment vouloir limiter les revenus des sites qui mettent de l’avant «des informations trompeuses». D’accord, mais sont-ils conscients que la vaste majorité des sites de fausses nouvelles affirment être des sites «satiriques»? La satire a une longue tradition dans l’histoire occidentale. On crée des fausses informations dans le but de parodier notre société, de braquer les projecteurs sur des problèmes sociaux. Est-ce que des sites humoristiques comme The Onion, La Pravda ou Le Navet seront considérés comme des sites de fausses nouvelles? Si oui, il y a quand même là un problème, puisque le but de ces sites n’est clairement pas de tromper les lecteurs. Si non, bien des sites de fausses nouvelles chercheront à déroger à la règle en se disant «satiriques». Comment Facebook et Google feront-ils pour décider qui est satirique et qui ne l’est pas? Vont-ils engager des experts en analyse de l’humour? Concept hautement subjectif s’il y en a un (à preuve, le nombre de lecteurs qui ne trouvent pas l’inspecteur très très drôle).

Qui va vérifier? Est-ce que Facebook et Google mettront sur pied des équipes de journalistes pour valider tout ce qui s’écrit sur le web? Comment l’information sera-t-elle validée? Est-ce qu’un site sera puni après avoir publié une fausse nouvelle? Deux? Dix? Cent? En plus, beaucoup de ces sites ont une durée de vie microscopique. Si on se fait prendre et on perd notre source de revenus, on peut créer un autre site en quelques minutes. Préparez-vous à une guerre d’URL («www.falsenews.com» a perdu son compte AdSense? D’accord, on crée «www.falsenewz.co»!). Par exemple, le site qui avait faussement annoncé la mort de l’acteur Macaulay Culkin en 2014 avait disparu presque aussitôt. Peu importe, l’article avait été partagé plusieurs centaines de milliers de fois. Est-ce que Facebook et Google auraient pu agir assez vite pour empêcher les créateurs de ce site de générer du revenu?

Il y a tout de même des bons côtés aux mesures annoncées par les géants du web. Elles décourageront sans doute certains pourvoyeurs de fausses nouvelles en amputant (peut-être) leurs revenus. Et, à tout le moins, elles auront sensibilisé les médias et la population à l’ampleur du problème.

Pour l’inspecteur viral, par contre, la solution n’est pas unique. Ces mesures sont bien, mais les médias et les lecteurs avertis doivent redoubler d’efforts pour éduquer les internautes aux meilleures pratiques sur les réseaux sociaux.

C’est donc à vous aussi de jouer!

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