Au Québec, environ 70 étudiants par jour décrochent de l’école avant la fin de leur secondaire 5. C’est 70 étudiants de trop. Pour s’attaquer à ce problème, la fondation Mobilys a choisi un chemin original: la valorisation du système d’éducation.

Une valorisation qui ne sera pas de trop, si vous voulez mon avis. On l’a bien vu au printemps dernier pendant la grève étudiante, l’éducation est curieusement loin de faire l’unanimité dans la population. Santé, économie, politique, environnement: à peu près tout est jugé plus important que l’éducation. Pourtant, l’éducation est à la base de tous ces autres enjeux.

Certaines grandes gueules aiment clamer sur tous les toits qu’on ne peut pas tous aller à l’université. C’est vrai. Mais cela ne veut pas dire pour autant que de lâcher l’école en secondaire 3 est une bonne idée (des formations professionnelles et techniques existent et, à tout le moins, il est aussi possible de terminer son secondaire 5).

Dans une société de gratification instantanée, où les médias critiquent plus souvent le système d’éducation qu’ils ne soulèvent ses bons coups, et où même les parents ne sont pas toujours derrière l’école, on peut toutefois comprendre pourquoi certaines personnes jettent l’éponge trop rapidement.

«Nous voulons pousser les jeunes à leur plein potentiel. Et ça, c’est au minimum un secondaire 5», explique Nicolas P. Arsenault, le PDG et cofondateur de Mobilys, une fondation qu’il met en place depuis 2008.

Il n’y a pas qu’un seul moyen de lutter contre le décrochage scolaire. Mais revaloriser l’éducation est clairement l’un deux.

Mettre à profit les technologies Internet
Mobilys ne valorise pas l’éducation dans son ensemble, mais directement les écoles et leurs projets. La fondation a donc créé une plateforme Web pour permettre aux écoles participantes de partager leurs bons coups, principalement via Facebook, mais aussi pour permettre à la communauté de s’impliquer.

L’implication peut être toute simple, comme suivre une école de son quartier sur Facebook.

«Lorsqu’une activité d’un professeur est partagée et qu’elle est aimée sur les réseaux sociaux, cela lui donne du gaz pour la refaire l’année suivante», illustre Nicolas P. Arsenault, qui se désole du fait que la rétroaction de la communauté envers les écoles soit généralement négative.

L’implication peut aussi être plus poussée via le site web de Mobilys, puisqu’il est alors possible de donner temps, argent et équipements à des projets spécifiques mis en place par les écoles qui participent au programme.

Une école à la fois

Pour l’instant, une quarantaine d’écoles sont présentes sur le site de Mobilys. Dans tous les cas, la fondation fourni notamment sa plateforme à l’école, elle l’aide à mettre en place une page Facebook, elle fait le lien avec les futurs bénévoles et elle lui monte une vidéo promotionnelle.

L’ajout d’une école au programme coûte la rondelette somme de 34 000$. L’école débourse 2500$ pour en faire partie, et le reste est payé par le ministère de l’éducation et par les donateurs privés de la fondation.

Mobilys compte présenter 90 écoles (plus défavorisées que riches et sélectionnées selon leur bonnes pratiques) sur son site d’ici 2014, avant d’ouvrir sa plateforme à toutes les écoles du Québec.

Cette mise en place graduelle permet non seulement à Mobilys de développer et d’améliorer sa plateforme, mais aussi de présenter de bons exemples à suivre aux futures écoles qui s’inscriront par elles-mêmes.

Une véritable startup
Ce qui m’a le plus frappé de Mobilys lorsque j’ai rencontré Nicolas P. Arsenault hier avec d’autres médias est à quelle point la fondation a été mise en place comme une jeune entreprise.

Disons que le passé entrepreneurial de son PDG – qui a fondé et vendu plusieurs entreprises en technologies de l’information au cours des années – est évidement.

Le vocabulaire employé par son M. Arsenault est le même que j’ai entendu dans milles et une réunions d’affaires (call to action, due dilligence, brand awareness), et les stratégies employées par les développeurs de la plateforme sont les mêmes que m’ont présentées 100 fois des développeurs d’applications et de jeux vidéos.

Sauf qu’ici, au lieu de suivre à la trace les utilisateurs dans le but de maximiser les achats intégrés dans une application ou un site Web, on optimise pour offrir la meilleure visibilité possible aux écoles et pour s’assurer de l’efficacité d’un programme qui vise à contrer le décrochage scolaire.

Entendons-nous, je n’ai rien contre les startups qui désirent faire de l’argent. Mais je crois que j’aime un peu mieux celles qui essaient de changer les choses.

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