La nature a un impact majeur sur la santé physique et mentale des enfants.

Pourrions-nous épargner à nos enfants des problèmes comme l’hyperactivité, les troubles d’apprentissage ou d’attention et l’embonpoint en les envoyant tout simplement jouer dehors? Selon l’éditorialiste François Cardinal, qui fait état de plusieurs études sur le sujet dans son récent livre Perdus sans la nature, cela réglerait beaucoup plus de problèmes qu’on peut le croire.

«Plusieurs études démontrent que nos enfants n’ont jamais si peu joué dehors», affirme d’entrée de jeu Francois Cardinal, lui-même père d’un garçon de 7 ans. Les résultats d’un sondage réalisé en 2004 auprès de 800 mères américaines vont aussi dans ce sens: 70 % des répondantes affirmaient qu’elles allaient jouer dehors tous les jours durant leur enfance, alors que seulement 31 % de leurs propres enfants en font aurant, selon elles.

«Dans les villes à travers le monde, la plupart des résidants habitent des quartiers ayant une biodiversité grandement appauvrie, affirmaient les chercheurs ayant réalisé une étude américaine publiée en 2004 dans la revue Bioscience et citée dans Perdus sans la nature. La conséquence est tragique et sous-estimée : des milliards de personnes n’auront jamais l’occasion de développer un intérêt pour la nature.» Or, cette abscence de contact avec la nature aurait un impact majeur sur la santé mentale et physique des enfants, peut-on lire dans l’ouvrage. «De plus en plus de recherches font un lien entre le déclin marqué du jeu non structuré à l’extérieur et l’explosion des problèmes de santé diagnostiqués chez les enfants», fait valoir François Cardinal.

 En 2007, 270 experts de l’enfance ont d’ailleurs signé une lettre à ce sujet dans le Daily Telegraph de Londres. «Le jeu – particulièrement à l’extérieur, non structuré et peu surveillé – est vital pour la santé et le bien-être des enfants», y affirmaient-ils. Le pédiatre Jean-François Chicoine, qui signe la préface du livre de François Cardinal, appuie totalement ces dires. «Les enfants, dès leur très jeune âge, vont connaître et découvrir leur corps à travers les sens, explique à Métro ce pédiatre qui est aussi à la tête de la collection «La santé du monde», des éditions Québec Amérique. Pour percevoir les sens, les enfants, au lieu d’être enfermés entre quatre murs, gagnent à être exposés à des odeurs et à des expériences de vie qui vont multiplier les perceptions. Le regard, le toucher et surtout le mouvement sont des expériences sensorielles et per­cep­tuelles nécessaires au développement du cerveau, lequel commence dès les premiers mois de vie d’un enfant à partir de ses expériences environnementales précoces.»

Qu’arrive-t-il si l’enfant est exposé à trop peu d’expériences de ce genre? «On peut facilement penser que des fonctions comme l’attention, l’inhibition, la planification, la flexibilité et la mémoire peuvent être perturbées, continue le Dr Chicoine. L’enfant aura donc peut-être plus de difficulté à regarder les gens dans les yeux, à interagir avec les autres et à se concentrer, et il sera plus agité, par exemple.»

Pas miraculeux, mais…
«Sans être un remède miracle, un retour à la nature pourrait nous aider à lutter contre nos problèmes de société», croit François Cardinal, citant au passage une étude faite auprès d’enfants ayant des troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité, selon laquelle une promenade de 20 mi­nutes dans la nature aurait le même effet qu’une pilule de Ritalin. «Quand je me rends compte que c’est toute une génération d’enfants qui ne jouent plus dehors, et que cette génération est la plus agitée de l’histoire, je me dis qu’il y a là un problème majeur de santé publique», conclut-il.

Assez de temps dehors ou non?
Les enfants ne semblent pas croire qu’ils ne passent pas assez de temps à l’extérieur. Selon un récent sondage de la fondation Monique Fitz-Back réalisé auprès de 1 300 Québécois de 10 à 16 ans, la majorité des enfants disent passer «souvent» ou «assez souvent» du temps en plein air. Quelque 30 % des jeunes interrogés ont quant à eux affirmé aller peu ou pas dans la nature. Selon François Cardinal, les résultats de ce sondage ne sont pas représentatifs de la réalité, mais de la per­cep­tion qu’ont les enfants du temps qu’ils passent dehors. «On leur demande s’ils jouent souvent dehors, mais souvent par rapport à quoi?» interroge l’éditorialiste.

«Déparentaliser» et verdir les écoles
«Il faut bien sûr baliser les activités des enfants en fonction de leur âge, de façon à ce qu’elles soient sécuritaires, mais le style de vie qu’on a actuellement fait qu’on les a peut-être trop balisées, empêchant ainsi les enfants de faire leurs expériences», fait valoir le Dr Chicoine. Et même si les parents ont les meilleures intentions du monde, ils auraient tendance à trop organiser le temps de leurs enfants, renchérit François Cardinal. «On montre souvent du doigt les jeux vidéo pour expliquer la sédentarité des enfants, mais plus encore, il y a l’hyperparentalité, affirme-t-il. Les parents d’aujourd’hui couvent plus que jamais leurs enfants, les supervisent, les organisent à outrance. Les enfants n’ont tout simplement plus de temps libre, ou très peu.»

Oublié, donc, le temps pour s’improviser un jeu ou une promenade à l’extérieur, souvent vu comme une perte de temps. Pourtant, ces activités sont bénéfiques pour le développement de l’enfant.

Ça se passe aussi à l’école
Les écoles aussi ont un rôle important à jouer dans l’acquisition de bonnes habitudes par les enfants, notamment en ce qui a trait à leur rapport avec la nature. Or, selon plusieurs intervenants, l’école n’endosse pas ce rôle comme elle le devrait. Ainsi, la récréation à l’extérieur, où les enfants peuvent jouer et courir librement, tend à disparaître. «Plus on tente de contenir l’agitation d’un enfant, plus celle-ci augmente et devient malsaine», dit M. Cardinal.

De plus, selon un sondage de la fondation Moni­que  Fitz-Back, seulement 13 % des jeunes Québécois de 10 à 16 ans affirment qu’on leur parle de la nature à l’école. «On met la charrue devant les bÅ“ufs, se désole M. Cardinal. De nos jours, les enfants sont capables de disserter sur les problèmes qui pèsent sur la forêt amazonienne, mais sont incapables d’identifier un arbre dans leur cour. Avant de les accabler avec les me­naces environnementales, on de­vrait commencer par les amener à s’émerveillerdevant les beautés de la nature.»

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