Mon Dieu, qu’il faut être prétentieux pour parler de l’exode des «cerveaux» et du manifeste des «lucides», autoproclamés en plus de ça! À force de répéter inlassablement dans les médias les mensonges du patronat et de ses mascottes, la population en vient, à force, à se résigner à leur mise en application par les élus corrompus.
Élus corrompus – c’est pas moi qui le dis, mais la population. Que ce soit les baisses d’impôt et les privatisations, par exemple, ils prennent pour un débat et des consultations consensuelles leurs exigences qu’ils imposent à la population laissée à elle même. Le Devoir du 5 mai titrait ainsi : «Québec impose des coupures de 145 M$.» Et il n’y pas longtemps, La Presse titrait : «Fonds vert : Québec se fie à la bonne volonté des pétrolières.» Pathétique. Charest, Normandeau et Bachand «imposent» à la population et «disposent» avec le patronat et ses majorettes. Pour justifier les baisses d’impôt aux entreprises et aux nantis, et aussi pour contrer les hausses, le patronat possède tout un arsenal d’argumentaires et de mercenaires, comme celui de l’épouvantail de l’exode des «cerveaux». Cette cassette usée à la corde revient continuellement comme les maringouins et les nids-de-poule au printemps.
C’est pas moi qui le dis que l’exode des «cerveaux» et des «lucides» est un mensonge, mais Statistique Canada, qui, dans une recherche exhaustive, a conclu : «L’exode des cerveaux est un mythe» (Journal de Montréal, 25 mai 2000). Dans les années 1990, environ 10 000 diplômés quittaient chaque année le pays. En retour, le Canada acceptait annuellement 39 000 diplômés de l’étranger, dont 11 000 étaient détenteurs d’une maîtrise ou d’un doctorat. Puis-je vous conseiller de lire les deux excellents textes d’André Noël de La Presse? L’un faisait référence à Statistique Canada: «L’exode des cerveaux : l’affaire d’un petit nombre.» L’autre rendait compte d’une étude de l’Observatoire des sciences et des technologies (OSI) : «Exode des cerveaux : les meilleurs ne partent pas toujours les premiers». Cette recherche contredisait la chasse aux sorcières du C.D. Howe Institute et du Conference Board, deux organismes financés par le patronat.
Même l’ancien premier ministre libéral du Canada Jean Chrétien ne croit pas que le Canada soit victime d’un exode massif des cerveaux. Enfin, signalons l’étude de l’Association canadienne des professeurs d’université, qui «soutenait que seul un petit nombre de spécialistes qualifiés avaient quitté le pays et que tout le tapage entourant un prétendu exode des cerveaux ne visait qu’à justifier les baisses d’impôt réclamées par les entreprises». Mensonge ou pas, les compagnies ont eu et continuent d’avoir leurs grosses baisses d’impôt et leurs subventions. Moi, si j’étais politicien, j’encouragerais, au nom du mieux-être collectif, certains «cerveaux» et «lucides» autoproclamés à aller se faire voir ailleurs, et je paierais même leurs frais de déménagement : aller simple, s’entend!
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.