Il y a plein de naïfs qui croient encore qu’on vit dans un pays vraiment démocratique qui met en valeur l’égalité des chances. Je le répète: il ne peut y avoir de véritable liberté s’il n’y a pas égalité des chances pour tous. Pour cela, il faut que tous aient un accès universel aux services publics et qu’il y ait des politiques équitables de redistribution de la richesse. Sinon, la liberté est réservée aux nantis. Égalité des chances, qui va de pair avec bien commun, ne signifie pas égalitarisme.
Prenons quelques exemples qui démontrent que notre démocratie fait pic pic. «Les Québécois rejettent les baisses d’impôts aux entreprises» (Le Devoir, 14 février) et «Les Canadiens ne veulent plus soutenir l’industrie pétrolière» (Le Devoir, 18 février). Oubliez ça, le patronat y tient. Au fédéral, le gouvernement a introduit un nouvel abri fiscal, le CELI, même si la majorité ne cotise pas au REER, et Québec a ressuscité le régime d’épargne-actions, qui avait été un échec retentissant. Qu’à cela ne tienne, les banques et les bonzes l’ont exigé. Qu’à cela ne tienne, Harper a promis de récompenser ses amis en doublant la cotisation annuelle maximale au CELI de 5 000$ à 10 000$. La gratitude est une qualité admirée par les monarques.
«Les Canadiens (85%) en ont assez de l’Afghanistan» (La Presse, 13 septembre 2010). Alors qu’Ottawa nous disait que l’invasion allait coûter «seulement» 8 G$, le directeur du budget, Kevin Page, a affirmé que l’on était rendu plutôt, en 2011, à 18 G$. Réplique cinglante de Stephen Harper: «Guerre: Peu importe ce que ça coûtera» (Journal de Montréal, 10 octobre 2008). Pas grave, on n’aura qu’à couper dans les services publics, la culture, l’aide aux démunis, l’assurance-emploi et les pensions de vieillesse. Pourquoi s’en faire pour si peu?
Tiens, comme notre système de santé publique se porte très bien, pour ne pas dire trop: «Santé: Ottawa sera plus chiche, prévient Jim Flaherty, le ministre fédéral des finances». Voilà, le tour est joué! Les Canadiens en ont assez, parce qu’ils ne comprennent pas les vertus de cette mission «humanitaire». Ce qui a fait dire au sublime ministre de la Défense: «Afghanistan: Ottawa doit mieux expliquer sa mission» (La Presse, 2 septembre 2007). La lumineuse Nathalie Normandeau avait répété les mêmes inepties, qui s’assimilent à de l’injure, lors des réticences soulevées par la population lors du dernier budget libéral de Charest: «Nathalie Normandeau mise sur la pédagogie» (La Presse, 12 avril 2010). Ben oui, prenez nous pour des cruches. Démagogie en lieu et place de pédagogie aurait été un terme plus approprié dans les circonstances.
Continuons calmement. «Inspection des aliments: 80 % des consommateurs rejettent les compressions d’Ottawa» (Le Devoir, 8 septembre 2008). Harper préfère s’en remettre aux compagnies «responsables» pour faire les inspections. Après tout, ce n’est que de la nourriture. N’oubliez pas que les compagnies ont un code de déontologie. Puis, «Les Québécois jugent injustifié l’achat des avions de combat F-35» (Le Devoir, 18 octobre 2010). Facture qui pourrait gonfler à 16 G$. Mes amis, faut se protéger adéquatement des talibans et d’Al-Qaïda.
À cela, faut ajouter des milliards pour l’achat de 15 hélicoptères Chinook, de blindés et de deux navires de guerre. «Les Québécois souhaitent moins de dépenses militaires» (La Presse, 29 septembre 2008). Bah, on est rendu à seulement 20 G$ l’an. La majorité des gens était aussi favorable à Kyoto, qui sera mis aux oubliettes par les conservateurs (La Presse, 17 octobre 2007). D’ailleurs, «Harper a déjà qualifié Kyoto de complot socialiste» (Le Devoir, 31 janvier 2007). Très édifiant! Comme Bush, il voit des communistes partout. Des communistes radicaux qui mangent même des cannibales.
Quand à la peine de mort, on peut penser que les conservateurs vont singer les States et la rétablir au Canada, même si la population est contre. «La peine capitale est acceptable dans les pays démocratiques» qu’a affirmé l’indépassable Lawrence Cannon, ex-ministre des Affaires étrangères (Le Devoir, 20 janvier 2011). Enfin, même si c’est au Canada que la concentration de la presse est la plus grande des pays développés (La Presse, 8 février 2001) et que 57% des Canadiens sont contre cette concentration indue (La Presse, 10 février 2003), Ottawa ne s’inquiète pas une miette de la dite concentration des médias que signalait Le Devoir.
Conséquemment, Harper n’interviendra pas pour ne pas froisser ses amis propriétaires des conglomérats comme PK Péladeau de Quebecor, un grand ami de Brian Mulroney, qui siège à son conseil d’administration et qui embauche des conservateurs et ceux du National Post. Le monde veut l’abolition du sénat et du poste de gouverneur général, deux institutions inutiles mais c’est bon pour «ploguer» les compagnons.
Idem pour le traité de libre-échange avec les États-Unis, les privatisations de Petro-Canada, d’Air Canada, du CN, des aéroports, la fermeture de Mirabel, etc. effectués sans aucune consultation et pour lesquels la population s’y opposait. Au Québec, c’est absolument pareil.
J’y reviendrai dans un autre texte. Alors le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple qu’aimait répéter mon ami Michel Chartrand n’est que chimère. Ça s’appelle vivre sous le joug de la dictature des sultans pour qui nous ne sommes que des ustensiles ou leurs sujets si vous aimez mieux. Et avec la réélection d’un gouvernement conservateur majoritaire à Ottawa, la situation ira nettement en s’empirant au profit des opportunistes et de leurs lobbyistes qui se lèchent déjà les babines.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.