Inspiration

En 10 ans, Randolph a remis les jeux de société sur la «map»

Le pub Randolph de la rue Saint-Denis a fêté ses 10 ans cette année.

Quand Joël Gagnon et ses partenaires ont décidé d’ouvrir un bar à jeux au cœur de Montréal, leur ambition était de prouver que, non, «les jeux de société c’est pas plate». Dix ans plus tard, Randolph c’est sept bars ludiques, un service d’animation et plusieurs jeux de société à succès. On peut donc dire qu’ils ont remporté la partie, non? Entretien. 

Joël Gagnon, co-fondateur et directeur de l’édition
2012: création du premier bar Randolph 
400 employé.e.s 
7 pubs ludiques et 1 boutique  
12 jeux de société édités 
1,5 millions de jeux distribués

 

Quand Randolph a ouvert ses portes sur la rue Saint-Denis en 2012, les bars à jeux, ça n’existait pas vraiment à Montréal. Qu’est-ce qui vous a inspiré cette drôle d’idée?  

«À l’époque, j’étais animateur, je me promenais avec ma valise de jeux dans des écoles, dans des entreprises ou dans des bibliothèques. J’ai rencontré mes associés dans une soirée de jeu et on s’est dit qu’on pourrait créer un établissement tourné à 100% vers le service d’animation. Notre but c’était vraiment de montrer que les jeux, c’est pas plate en faisant découvrir au public une nouvelle génération de jeux.  

Historiquement, les pubs ont toujours été un lieu où l’on joue donc ça faisait du sens pour nous et ça rendait l’idée plus séduisante. Le seul frein qu’on voyait c’était que les gens n’aiment pas lire les règles, donc c’était indispensable de fournir un service d’animation et de conseil sur place.  

Grâce à Normand D’Amour [l’acteur] qui est l’un des co-fondateurs, on a pu faire une belle tournée médiatique qui a attiré la curiosité de beaucoup de gens rapidement. Les gens sont venus au bar.» 

Maintenant qu’on a dix ans de recul, qu’est qui a changé dans les mentalités des joueur.euse.s? 

«Il y a 10 ou 15 ans, quand je parlais d’un jeu à un ami, on me demandait “Mais voyons, pourquoi tu joues?”. La majorité des souvenirs qu’on avait des jeux c’était que c’était long et que c’était injuste parce que les règles sont parfois hasardeuses.  

Je crois aussi que ça semblait un peu arriéré en comparaison avec les jeux vidéo… Alors qu’aujourd’hui, tout le monde joue avec ses amis. Les gens sont beaucoup mieux informés. Ils connaissent plein de jeux différents et il y a beaucoup plus de passionnés. En rendant ce monde-là plus accessible, je crois qu’on a participé à changer un peu la vision qu’avaient les gens.» 

Et dans l’industrie, qu’est-ce qui a changé? Est-ce que les jeux d’aujourd’hui sont meilleurs qu’avant?  

«Oui! En fait, tout ça a commencé en Allemagne il y a 50 ans. Plusieurs créateurs ont apporté de nouvelles mécaniques de jeu, de nouvelles façons de jouer, de nouveaux univers.  

Un prix a même été créé pour récompenser les meilleurs jeux, le Spiel des Jahres, littéralement, le jeu de l’année. Ça a vraiment accéléré le mouvement et plus tard, dans les années 1990, ça a poussé d’autres auteurs à innover encore pour finalement proposer des jeux qui ont eu un vrai succès commercial.  

Le plus emblématique, c’est sûrement Catane, qui est devenu le symbole du jeu contemporain devenu grand public et qui a changé beaucoup de choses dans l’industrie. Donc ça remonte à loin, mais c’est vraiment dans les dix dernières années que le grand public au Québec a découvert toutes ces innovations et ces nouveaux jeux.» 

Le jeu auquel vous avez le plus joué?  

«Les deux classiques qui sont à égalité je pense et auxquels j’ai sûrement le plus joué, c’est Las Vegas et Strike. Ce sont deux jeux de dés qui n’ont pas tellement de similarités mais qui sont aussi géniaux et addictifs l’un que l’autre. J’y ai joué énormément en vacances, j’y ai joué avec tous mes nouveaux amis et à chaque fois c’est gagnant. Les gens adorent!» 

En parlant de création, Randolph a évolué assez rapidement vers l’édition de jeux, notamment avec l’Osti d’jeu qui a connu un grand succès commercial. Mais animateur et créateur de jeu, c’est pas vraiment le même métier, n’est-ce pas?  

«C’est vrai, mais en même temps ça a été assez naturel de se lancer dans l’édition. Chez Randolph, on voit des milliers de joueurs à tous les mois, donc on connaît leurs comportements et on sait ce qu’ils aiment. On s’est souvent dit “Ah, on aurait besoin d’un jeu comme ci! Si on avait un jeu comme ça, il serait toujours joué!” Donc on a décidé de le faire.»  

On est une équipe de passionnés et avec chaque jeu, on essaie de surprendre les gens tout en leur faisant vivre les émotions qu’ils aiment vivre.

Plusieurs de vos jeux (l’Osti d’jeu, Ah ouinnn?) sont vraiment ancrés dans la culture québécoise et c’est très bien, mais est-ce que ça ne représente pas aussi un défi lorsqu’il s’agit de s’exporter?  

«Dans les premières années, on ne réfléchissait pas trop à la vente à l’international. On faisait des projets qu’on aimait sans trop y penser, mais là depuis 2022, on a décidé de faire des jeux qui se prêteraient plus à être exportés.  

Je pense que c’est possible d’imaginer des jeux qui s’adressent au Québec, mais qui peuvent aussi être vendus ailleurs. Par exemple, notre jeu familial Miller Zoo, ça se passe dans le fameux zoo en Beauce, mais en même temps, n’importe qui peut y jouer. Il va d’ailleurs bientôt être vendu en France.» 

Comment se dessine l’avenir pour Randolph, est-ce que le but est justement de s’étendre hors du Québec? 

«Avant tout, ce qu’on désire, c’est agrandir notre beau petit réseau de bars un peu partout au Québec, au rythme d’une nouvelle adresse franchisée par année. Et puis effectivement, on vise aussi plus de commercialisation à l’international. On a ouvert nos premiers bureaux aux États-Unis [sous le nom d’Hachette Boardgames] cette année et on a un distributeur en France qui va commercialiser là-bas la majorité de notre catalogue. Savoir que la France et les États-Unis sont de la partie, ça va nous permettre de faire des projets plus ambitieux en termes d’édition puisque chaque jeu pourra être vendu plus largement. 

Et puis mon souhait c’est de faire des jeux assez bons pour pouvoir gagner le Spiel un jour. Mais ça va sûrement me prendre encore 10 ou 20 ans pour peut-être réaliser ce rêve-là (rires)! La première étape, c’est d’avoir un distributeur en Allemagne et on travaille là-dessus en ce moment.» 

Un.e entrepreneur.euse d’ici qui vous inspire  

«Ricardo! Pour son côté vulgarisateur et développeur. Il a cette faculté de transmettre sa passion de façon très simple et c’est exactement mon objectif dans la vie. Et j’adorerais faire une émission de Ricardo, allier nourriture et jeu, ça serait fou!» 

Votre application favorite 

«Tout récemment, j’ai un ami qui a sorti une application qui s’appelle Waverly qui est un agrégateur de nouvelles et c’est l’application que j’utilise maintenant pour lire de l’information de manière efficace.» 

Votre meilleur conseil pour se lancer en affaires 

«Focus, focus, focus! On est constamment sollicité. Tout le monde fait ses suggestions, mais il faut vraiment rester concentré sur son concept initial. C’est l’essentiel pour ne pas s’éparpiller.» 

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