Capture d'écran David Black, Sterling Downey et Samantha Kris dans la vidéo.

L’itinérance afflige Montréal depuis des lustres et, pour autant l’enrayer qu’aider les gens dans la rue, quelques citoyens ont décidé d’interpeler les milléniaux avec une vidéo mise en ligne jeudi. Le conseiller de Projet Montréal dans Verdun, Sterling Downey, tient un rôle central dans ce clip teinté d’humour, lui-même particulièrement touché par cet enjeu en raison de son passé.

Le porte-parole en matière d’itinérance de l’opposition officielle côtoie depuis plus d’une vingtaine d’années  cette population, dans laquelle il a failli basculer.

En 2008, lors d’une dépression majeure, alors qu’il n’a pas de travail et qu’il ne peut plus payer ses factures, M. Downey effectue une tentative de suicide. Cinq ans plus tard, il deviendra conseiller municipal.

«Je n’ai jamais vu aucune différence entre eux et moi. Ça peut arriver à n’importe qui, n’importe quand. Il faut surtout se rappeler que les personnes itinérantes sont aussi des citoyens et qu’on peut toujours les aider», soutient M. Downey.

Soulignant que le fait qu’il ne consomme pas d’alcool ou de drogue l’a aidé à combattre ses moments noirs, le politicien croit que les projets peuvent sortir des gens de la rue, comme la construction d’un skatepark à Notre-Dame-de-Grâce qui lui avait permis de faire de belles rencontres et d’avoir une raison de vivre.

Lorsqu’il ouvre la galerie d’art urbain Fresh Paint sur Sainte-Catherine en 2011, M. Downey offre aux sans-abris du quartier d’entrer dans son local afin de s’y réchauffer. Il connait bien le secteur et ses résidents, puisque c’est sur cette même rue, entre Saint-Denis et Saint-Laurent, qu’il a fondé le festival de graffiti Under Pressure, il y a 22 ans.

Succès
En seulement 8 heures sur la toile, la vidéo du site MTL Blurb a été visionnée plus de 14 000 fois. On peut y voir des scènes touchantes filmées dans la rue avec des sans-abris en décembre, entrecoupées de transitions avec le conseiller municipal barbu.

Sous le thème «Ce n’est pas parce que tu n’as pas d’adresse qu’on n’est pas voisins», le segment fait part de trucs pour venir en aide aux itinérants.

«On voulait donner un spin différent à la cause avec l’humour. On a également essayé de souligner l’humanité des personnes itinérantes», décrit l’une des conceptrices de la vidéo, Samantha Kris, qui développe le marketing et les stratégies de marques d’entreprises.

Mme Kris et ses partenaires espèrent ainsi attirer l’attention des jeunes et d’organisations qui peuvent aider les plus démunis sur cet enjeu.

Contenu pertinent
Pour le coordonnateur du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Pierre Gaudreau, la vidéo est pertinente à bien des égards.

«Elle démontre bien une partie de la réalité des personnes itinérantes. C’est bon aussi que le public puisse savoir qu’il peut aider d’autres façons qu’en donnant de l’argent», estime-t-il.

Dans le clip de presque six minutes, on peut voir les intervenants discuter avec des SDF, leur offrir de la nourriture pour leur chien notamment.

«Souvent on croise les mêmes itinérants dans notre quotidien. Ça vaut la peine d’apprendre à les connaître, vous pouvez faire une réelle différence dans leur vie», indique le conseiller Downey.

Augmentation de 10%
En un an, le RAPSIM a calculé que le nombre de nuitées dans des centres d’hébergement d’urgence montréalais avait augmenté de 10% pour les centres réservés aux hommes et de 8% pour ceux aux femmes.

M. Gaudreau applaudit certaines mesures municipales comme la politique d’inclusion sociale où la ville et le gouvernement du Québec paient pour des logements sociaux lorsque des condos sont bâtis, il déplore des promesses non tenues.

«Il faut sauver les maisons de chambre et empêcher de les transformer en copropriétés, c’est souvent le dernier rempart contre l’itinérance, sans parler du bilan du profilage que la police effectue envers les SDF.»

Selon un recensement effectué par la Ville lors d’une seule soirée en mars 2015, il y aurait 3 016 itinérants à Montréal, un nombre circonstanciel qui ne reflète pas la réalité complète d’après le coordonnateur. Une étude effectuée en 1998 par Louise Fournier sur un an dénombrait environ 15 000 sans-abris dans la métropole.

On peut estimer que plus de 115 000 personnes ont vécu une situation d’itinérance dans leur vie à Montréal d’après Statistiques Canada.

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