Une ville intelligente ne doit pas se résumer à des applications mobiles et à de la fibre optique. Elle doit avant tout montrer qu’elle est à l’écoute de sa population.

Un bon test en la matière pour Montréal sera celui du 77, avenue Bernard Est, dans le Mile-End. À cette adresse, située à un jet de pierre de la voie ferrée qui sépare le Plateau de Rosemont–La Petite-Patrie, on trouve un hangar industriel déserté au squelette d’acier, couvert de taule ondulée servant de toile de fond à de nombreux graffiteurs. Acquis du Canadien Pacifique au début des années 2000, l’édifice appartient dorénavant à la ville-centre, qui prévoit y aménager une cour de voirie, ce qui nécessitera la démolition de l’ensemble de la structure ou, du moins, d’une partie.

Mais voilà que depuis 2012, différents groupes de citoyens manifestent un vif intérêt pour conserver le lieu, notamment afin de permettre aux artistes locaux de garder un pied dans le secteur étant donné l’embourgeoisement qui les menace d’expulsion. Un de ces groupes, baptisé Kabane 77, propose d’y aménager des espaces de production indépendants liés au domaine artistique (salle de montage, laboratoire analogique, atelier d’impression, etc.), combinés à des lieux de rassemblement ouverts au public.

D’autres, comme l’architecte paysagiste Caroline Magar, qui chapeaute la renaturalisation de la friche industrielle accolée au hangar déserté (le Champ des Possibles), rêvent d’une structure hybride qui pourrait servir de chalet de parc, de café et de place publique. À l’instar de Kabane 77, l’initiative permettrait de consolider les espaces verts longeant la voie ferrée, un souhait exprimé par les résidants du quartier lors de consultations publiques tenues en 2015. Et j’en passe. Peu importe la proposition, deux éléments se dégagent de ces mobilisations.

Le premier: l’aménagement d’une cour de voirie à cet endroit semblait peut-être logique lors de l’acquisition du terrain il y a plus d’une décennie, alors que le Mile-End était toujours en quête d’une identité (étant donné sa vie industrielle en déclin et l’arrivée de nouvelles entreprises créatives, telles qu’Ubisoft). En 2016, alors que le quartier connaît une véritable renaissance, une cour de voirie, généralement très peu invitante sur le plan esthétique, ne viendrait que miner tous les efforts entrepris jusqu’à aujourd’hui pour redynamiser le secteur, du Marché des Possibles de Pop Montréal jusqu’à la réhabilitation citoyenne du Champ des Possibles.

Second élément: un seul coup d’œil à l’intérieur de l’édifice, où la structure d’acier dénudée se dévoile, permet de constater un potentiel architectural qui mérite un devoir de mémoire, ne serait-ce que pour conserver l’héritage ouvrier qui aura profondément marqué la naissance du Mile-End.

Pourquoi donc ne pas s’inspirer du Evergreen Brick Works, projet torontois primé à maintes reprises (et réalisé avec le réputé architecte paysagiste montréalais Claude Cormier), où on a conservé une ossature d’acier similaire dans un ancien complexe industriel pour en faire un site récréotouristique quatre saisons?

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