Métro À compétences égales, les femmes de la génération Y sont beaucoup moins nombreuses à grimper les échelons des organisations, selon une récente étude du Conference Board du Canada.

L’égalité entre les sexes est pour eux une évidence, et la hiérarchie les rebute. Pourquoi les Y reproduisent-ils les inégalités hommes-femmes sur le marché du travail? Explications.

On les dit individualistes, fonceurs, voire arrogants. Grosso modo nés entre 1980 et 1995, les jeunes de la génération Y rêvent d’un monde plus solidaire et plus égalitaire. Le bonheur et l’équilibre travail-famille figurent au premier rang des aspirations professionnelles de cette génération, loin devant la réussite professionnelle, autant chez les garçons que chez les filles, révélait récemment une enquête internationale.

Alors que les Y entrent à pleines portes sur le marché du travail, on pourrait s’attendre à ce que les vieux boy’s clubs en prennent pour leur rhume. Surprise : à compétences égales, les femmes de cette génération sont beaucoup moins nombreuses à grimper les échelons des organisations, selon une récente étude du Conference Board du Canada. L’assurance qui les caractérise lorsqu’elles arrivent sur le marché du travail s’évapore lorsqu’elles sont confrontées aux défis reliés au genre, y apprend-on.

Du côté américain, l’organisme à but non lucratif Young Invincibles remarquait dernièrement que parmi les cinq meilleurs emplois d’avenir pour les Y – en vertu du salaire et des perspectives –, quatre étaient majoritairement occupés par des hommes. Et ce, malgré le fait que les filles Y sont généralement plus diplômées que les garçons.

«Dans les emplois où règne la compétition, une femme qui sort du marché pendant plusieurs mois pour s’occuper de son enfant sort en quelque sorte de la game.» -Louis Cournoyer, conseiller d’orientation et professeur à l’UQAM

Le grand écart
Plusieurs raisons peuvent expliquer cette incongruité, croit Louis Cournoyer, conseiller d’orientation, professeur en counseling de carrière à l’UQAM et observateur de la génération Y. D’abord, les postes de pouvoir demeurent toujours occupés par une part importante de bébé-boumeurs,
malgré les départs à la retraite des dernières années, explique-t-il. «Lorsque ces départs surviennent, ce sont les X qui accèdent aux postes de haut niveau, même s’ils sont relativement peu nombreux par rapport aux boomers.»

Par ailleurs, malgré une apparence d’égalité, les femmes Y sont professionnellement plus pénalisées que les hommes lorsqu’elles fondent une famille, note le spécialiste. «Il y a encore du travail à faire quant à la répartition des tâches. Dans les emplois où règne la compétition, une femme qui sort du marché pendant plusieurs mois pour s’occuper de son enfant sort en quelque sorte de la game. Son absence peut permettre à d’autres joueurs de se faire valoir.»

Par ailleurs, plusieurs femmes Y ne veulent tout simplement pas des contraintes qui sont associées aux postes de haut niveau, constate Danielle Labre, associée principale chez Vézina Nadeau Labre, un cabinet-conseil spécialisé en ressources humaines. «Faire du réseautage stratégique en dehors des heures de travail ou siéger dans les conseils d’administration sont des activités qui ne correspondent pas aux objectifs qu’elles poursuivent sur le plan personnel.»

Des hommes de cette génération remettent eux aussi en question le modèle d’avancement professionnel basé sur la performance et les relations de pouvoir, poursuit-elle.

«Ils constatent qu’ils viennent de familles éclatées et ne veulent pas reproduire le même schéma.»

Au fur et à mesure qu’ils progresseront dans les organisations, existe-t-il une possibilité que les Y puissent redessiner le modèle de leadership dominant? Louis Cournoyer le croit. «Immanquablement, on verra les femmes prendre les rênes du pouvoir au sein des organisations. Leur nombre est tellement important, notamment dans les universités, qu’il est impensable qu’elles n’en viennent pas à traverser les obstacles pour accéder aux postes de haut niveau», conclut-il.

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