Séparée en deux par un mur, la ville de Berlin a été le symbole d’un monde divisé pendant de nombreuses années. De nos jours, elle est probablement considérée comme la ville festive la plus branchée d’Europe. Que reste-t-il donc de Berlin-Est et de Berlin-Ouest, 20 ans après la chute du mur? En parcourant la ville à vélo, vous découvrirez un nombre surprenant de souvenirs cachés d’une ère quasi oubliée.
Berlin-Est, le 19 novembre 1989. Les habitants du quartier Prenzlauer Berg, en Allemagne de l’Est, s’agglutinent au passage frontalier de la Bornholmer Strasse pour écouter la déclaration du porte-parole du gouvernement, Günter Schabowski, retransmise en direct à la télévision ouest-allemande.
Il leur annonce qu’ils seront autorisés à voyager en toute liberté dans l’ensemble de la République fédérale d’Allemagne. «Pour autant que je sache… immédiatement…», bredouille Schabowski en réponse à la question d’un journaliste concernant la date d’entrée en vigueur de cette nouvelle politique. Les parias du quartier délabré Prenzlauer Berg se ruent immédiatement vers le pont de la Bornholmer Strasse. Quarante-huit heures plus tard, le premier trou est percé dans le mur de Berlin. Le bloc communiste s’effondre comme un château de cartes.
Vingt ans plus tard, l’endroit historique ne conserve que très peu de traces des événements qui ont provoqué la chute du mur et du régime communiste. En fait, il semble qu’il ne reste presque rien du mur, détruit au nom de la liberté, ainsi que des fresques colorées qui l’ornaient, dérobées petit à petit par les chasseurs de souvenirs.
Encore quelques traces du mur
Pourtant, il reste des traces du mur. Le quartier Prenzlauer Berg, dans l’ancien Berlin-Est est le point de départ par excellence pour visiter le «Berliner Mauer» à vélo. Ce quartier du 19e siècle, qui accueille la classe ouvrière, est tombé en ruines pendant l’ère de la République démocratique allemande (RDA), d’allégeance communiste. Depuis la chute du mur, il s’est transformé en un milieu bohème.
En pédalant sur le pavé rond du Prenzlauer Berg, on ressent encore cette ambiance, reflétée par les multiples galeries, boutiques exiguës, bars et restaurants branchés. Une petite partie du mur tient encore debout dans la Bornholmer Strasse, et, dans le parc de stationnement avoisinant, il est possible de voir les bandes blanches de l’ancien poste de contrôle des véhicules sur l’asphalte. «Seule la peinture a survécu à la RDA», nous dit notre guide, un large sourire aux lèvres.
Dissimulées dans les buissons se trouvent deux installations électriques démantelées. Il y a 20 ans, le filet de sécurité qui passait en dessous du mur, sous le pont, était encore électrifié. Maintenant, ce n’est plus qu’un des objets bizarres qui ont été complètement oubliés dans la hâte de se débarrasser du mur maudit.
En quittant le pont de la Bornholmer Strasse, nous longeons à vélo une voie ferrée en direction de la Bernauer Strasse, la rue où Hans Conrad Schumann, un garde-frontière de 19 ans, a réussi à passer à l’Ouest en sautant par-dessus le barbelé du mur en construction le 15 août 1961. Son exploit a été filmé et diffusé sur toute la planète.
De nombreux arrêts
La Bernauer Strasse abrite les 100 derniers mètres du mur ainsi que sa fondation, appelée Gedenkstätte Berliner Mauer. Cette dernière donne un aperçu du mur original et des mesures de sécurité dont il était doté. De l’autre côté de la rue se trouve un musée comportant une tour d’observation que vous pouvez visiter gratuitement.
Elle permet de voir l’ancien no man’s land et le reste de la ville. Le musée situé à l’ancien point de passage frontalier pour les étrangers et les diplomates, le Checkpoint Charlie, est un autre incontournable qui raconte les histoires des nombreuses tentatives de fuite à l’ouest. Outre les attractions faciles à trouver, y compris l’église de la Bernauer Strasse que la RDA a fait exploser en 1985, il y a des rappels historiques bouleversants.
Par exemple, des trous de projectiles datant des batailles entre l’Armée rouge et les nazis à la fin de la Deuxième Guerre mondiale défigurent le mur ordinaire qui sépare la Garten Strasse des voies ferrées qui mènent à la station Nordbahnhof. Comme les murs qui bordent les voies ferrées ont été intégrés dans le mur de Berlin, les blessures de guerre de la ville ne se sont jamais effacées.
Les mots «Demokratisher Sektor», «Fin» et «Début» ont été écrits à la craie dans un passage qui conduisait à l’ouest et qui a été fermé lors de l’érection du mur de Berlin. Le passage est toujours bouché, et, pendant un moment, on se souvient d’une époque lointaine, qui, en fait, est plus récente qu’elle ne le semble.