En marge du Festival végane de Montréal se déroule, du 17 octobre et jusqu’au 7 novembre, le Défi végane 21 jours. Question de bien vivre l’expérience, j’ai décidé de me lancer, à l’instar de 2300 autres participants, et de devenir végane pour 21 jours. Vingt-et-un jours. Trois semaines. Ouf!

Voilà quelques années que je m’intéresse (comme journaliste mais aussi personnellement) à la question du véganisme sans toutefois tenter le pratiquer. Là j’avais le goût. Et à cause de cet intérêt de longue date, je ne tombais pas des nues face au discours, qui peut sembler à prime abord extrémiste; je connais les bases du spécisme, du carnisme et autres théories de psychologie morale, ainsi que les «mécanismes de défense» des omnivores dont, ne l’oublions pas, je fais partie.

Mais je voulais bien me préparer au défi, c’est pourquoi, je suis allée prendre un smoothie au comptoir végane Antidote Superalimentation avec deux véganes très actifs: Martin Gibert, philosophe et auteur du livre Voir son steak comme un animal mort et Élise Desaulniers, à qui l’on doit Penser avant d’ouvrir la bouche et Vache à lait. Attablée avec eux, et la propriétaire de l’épicerie Élise Bellerose, nous avons discuté de militantisme, de droit des animaux, de recettes, de préjugés et de la scène végane montréalaise.

Pour eux, c’est clair, il se passe quelque chose dans la métropole québécoise. Le mouvement végane a explosé de partout ces derniers temps à Montréal. «Des médias en parlent (!), plein de commerces ouvrent et ne ferment pas, donc oui, on est sur une pente, croit Martin Gibert. Montréal, dans la francophonie, est la ville la plus à la pointe sur la réflexion sur le véganisme».

Il y a beaucoup d’intellectuels, comme eux, qui réfléchissent à la question du véganisme, de l’environnement et de la souffrance animale. Montréal a d’ailleurs vu naître le premier magazine végane de langue française: Versus magazine végane qui a lancé la semaine dernière son deuxième numéro. On peut lire autant des textes de philosophie morale que des articles sur la mode sans cruauté.

Après une longue discussion sur ce mode de vie, j’ai fait mon marché en compagnie d’Élise et Martin, question de savoir quels sont les bons produits véganes à mettre dans mon panier. Je suis repartie avec, entre autres, du poulet de champignons shiitake de l’entreprise montréalaise le Paradis végétarien, du fromage végétal VegNature, des languettes végés chipotle-lime Gardein, du tempeh, des algues, du parmesan végane (à base de noix), des boissons végétales, des edamames, du quinoa, du chou frisé, des légumineuses, ainsi que beaucoup de fruits et légumes.

Alors à la question: «Qu’est-ce que tu vas manger à part de la salade?» j’étais prête à répondre «Plein de choses!»… à condition de planifier un peu – ce qu’il faut faire de toute façon avec un régime omnivore – et de cuisiner beaucoup. Parce qu’en dehors de la maison, point de salut! Il y a certes des options végétariennes dans la plupart des restaurants, mais qui contiennent bien souvent des produits laitiers (crème, fromage, lait) ou des œufs, ce qui n’est pas végétalien.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est vraiment pas de se priver de viande qui est le plus difficile. Mais c’est de ne pas ingurgiter de produits laitiers, substances laitières modifiées et d’oeufs, présents dans une vaste majorité de plats et d’aliments transformés (biscuits, chocolat, pain, pâtisseries, etc.). J’ai aussi appris qu’il fallait se méfier des bonbons, ceux qui contiennent de la gélatine et même de certains vins et certaines bières (dont la très médiatisée Guinness, qui deviendra «vegan friendly» en 2016), qui contiennent des produits d’origine animale pour les clarifier notamment.

Autre question qui est revenue souvent: «T’as pas peur d’avoir des carences?» Bien qu’en 21 jours, il soit difficile de développer des carences, j’ai tout de même pris des précautions. Premièrement, je me suis informée sur les internets et j’ai essayé d’avoir des repas bien équilibrés (encore plus que d’habitude mettons). Deuxièmement, j’ai contacté la nutritionniste Catherine Lefebvre, aussi auteure du livre Les carnivores infidèles qui m’a bien servi au cours du défi. Pour elle, «si l’alimentation végétalienne est adoptée de façon intelligente, elle peut être saine pour la santé humaine, celle de la planète et pour le bien-être des animaux».

Bien qu’on parle beaucoup du manque de protéines, la nutritionniste ne s’inquiète pas trop avec cela. «Ça se fait très bien d’être végane sans manquer de protéines, mais il faut s’assurer d’en avoir suffisamment, m’a-t-elle rassuré. On vise un minimum de 15 grammes par repas (ça change en fonction des besoins de chacun, de leur degré d’activité physique ou de leur condition de santé), tout en variant ses types de protéines végétales au cours de la journée.»

Attention toutefois à ne pas manquer de calcium, de zinc, de vitamines B12 et D, des nutriments principalement (mais pas uniquement) présents dans la viande, la volaille ou le poisson. Heureusement, les boissons végétales (soya, amande) en sont enrichies.

Bien honnêtement, je crois qu’il faut oublier l’image du végé (-talien ou -tarien) rachitique et vert comme la laitue qu’il mange. Les omnivores, comme les végés, sont à risque de développer des carences s’ils ne s’alimentent pas de façon équilibrée. Les nutriments sont là quelque part, ne suffit qu’à aller les chercher!

Au-delà du repas
Outre l’alimentation, le véganisme a une importante dimension politique. La souffrance et l’exploitation animale est au coeur de ce mode de vie et des choix qui sont faits par ses adeptes. Et on ne s’en sauve pas au quotidien de cet aspect politique. Alors que manger est un acte privé, quand on est végane, ça prend une dimension sociale importante. Les gens réagissent. Et ce n’est pas toujours évident d’expliquer ce qu’est le véganisme et pourquoi l’adopter ou de répondre aux multiples questions (parfois même un peu agressives) et de défendre son choix. Je suis pas mal convaincue que l’argumentation est le pain quotidien des personnes véganes, qu’elles le veuillent ou non.

De plus, en trois semaines, je n’ai pas trop exploré les dimensions moins alimentaires du véganisme comme les vêtements ou les cosmétiques. Disons toutefois qu’au moment de choisir quel manteau mettre, j’avais le choix entre un manteau de laine et un manteau en duvet. Au niveau des bottes, cuir et cuir. Mouais, mon look n’est clairement pas végane. Mais ça m’a amenée à y réfléchir et sûrement que je me poserai des questions au moment d’acheter des vêtements ou des cosmétiques dans le futur.

Conclusion
Je m’arrête ou je continue? J’avoue que je n’ai pas détesté ce défi. Je me sens bien, énergique et je digère mieux que jamais. Les plats que j’ai mangés étaient savoureux, frais et digestes. Ça a été bien moins difficile que mon précédent défi 10 jours sans sucre.

Je ne suis toutefois pas prête (pour l’instant) à faire la conversion totale, ne serait-ce parce que la famille ne veut pas nécessairement suivre à 100%. Il y a de l’ouverture pour un gros virage, certes, mais, peut-être opter pour une alimentation plus flexitarienne, comme le suggère Catherine Lefebvre. «Nous pouvons aussi choisir de réduire considérablement notre consommation de viande rouge et de produits laitiers, plutôt que d’éliminer complètement tous les aliments de source animale.» À la maison, le plus possible végétarien/végétalien, à l’extérieur et en groupe, on s’adapte.

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La réplique aux véganes 

Plusieurs commentaires reviennent souvent lorsqu’on parle de véganisme avec des omnivores. J’ai demandé à l’auteure (végane) Élise Desaulniers de répondre à quelques-uns entendus plusieurs fois au cours des dernières semaines. Voici ses répliques.

Le soya, ça pollue autant que l’élevage.
«C’est vrai, les monocultures de soya sont dommageables pour l’environnement: déforestation, utilisation de pesticides, de fertilisants chimiques, de semences génétiquement modifiées. Il faut toutefois savoir que 85% du soya produit sert à nourrir les animaux. Si on arrêtait de manger des animaux pour manger directement les protéines végétales, on aurait besoin de 5 à 10 fois moins de champs de soya. Frabriquer un kilo de tofu produit aussi 13 fois moins de gaz à effet de serre qu’un kilo de boeuf et 6 fois moins d’eau.»

Qu’est-ce qui te dit que la salade ne souffre pas?
«Mettre sur un pied d’égalité la mort d’une plante et la mise à mort d’un animal tend à nier la motivation éthique sous-tendant l’alimentation végétalienne.

Nous disposons d’indices clairs qui prouvent la sensibilité des animaux. Une convention largement reconnue au sein de la société considère que les vertébrés, les décapodes et les céphalopodes sont dotés de sensations. Nous avons des lois de protection des animaux. Par contre, nous ne disposons pas d’indices probants de l’existence d’une forme de vie intérieure chez les végétaux. Bien que dépourvues de système nerveux central, il n’est pas impossible que les plantes aient une certaine forme de sensibilité. Mais si c’était le cas, il vaudrait encore mieux manger des plantes que manger des animaux qui mangent des plantes.

S’il est impossible d’éviter absolument toutes les souffrances, on tout de même tenter d’éviter autant que possible celles que nous occasionnons directement et sur lesquelles nous avons une prise directe.»

J’achète de la viande biologique, c’est moins pire.
«Lorsqu’on achète de la viande bio, on l’achète parce qu’on pense que les animaux méritent notre considération morale, méritent d’avoir une bonne vie et d’être traités avec respect. Mais même dans la plus admirable des fermes bio, les animaux sont tout de même élevés dans le but ultime d’être tués et transformés. Ils arrivent même souvent à l’abattoir aussi mal en point que les animaux des élevages conventionnels. Est-ce qu’avoir une cage plus grande ou un « accès » à l’extérieur change vraiment quelque chose?

D’un point de vue environnemental, l’impact d’un élevage bio est semblable à celui d’un élevage conventionnel en terme d’utilisation d’eau potable et d’émission de GES. Moins pire oui, mais pas durable. L’étiquette bio est surtout là pour nous déculpabiliser et nous éviter d’avoir à remettre en question nos pratiques.»

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Mes découvertes

  • Bonbons Squish (Il faut bien se gâter! Et c’est très difficile de mal manger avec une alimentation végane…)
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  • Le fromage végétal (vromage) aux noix de cajou VegNature – Trois poivres et ciboulette (Vraiment excellent. Point.)
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  • Les languettes chipotle-lime Gardein (Très bon en fajitas, notamment!)
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  • Beurre de graines de citrouille Nuts to You (Fidèle allié des petits-déjeuners avec son bon apport en fer et en protéines.)
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  • Graines de chanvre (Un bon petit goût de noix et un apport en protéines, en oméga-3, oméga-6, en fer et en fibres. À saupoudrer partout!)
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