Sud-Ouest

SDC Pointe-Saint-Charles: un facteur d’embourgeoisement?

Rue du Centre, artère commerciale de Pointe-Saint-Charles

La nouvelle Société de développement commercial (SDC) Pointe-Saint-Charles a tenu son assemblée générale de constitution et a voté son premier budget, le 22 septembre dernier. Un développement qui fait le grand bonheur des commerçants rencontrés par Métro, mais qui fait craindre l’accélération de la gentrification du quartier.

«Ce qui est intéressant dans Pointe-Saint-Charles, c’est qu’il y a vraiment un désir des gens de collaborer, de se tenir ensemble et de développer des liens, observe le chargé de projet de l’Association des commerçants de Pointe-Sainte-Charles (ACPSC), Francis Blouin, qui chapeaute le projet de SDC. Tous les commerces qui veulent créer cette chimie-là, mais qui n’ont pas le temps, on a une solution pour eux.»

Les établissements situés dans la zone commerciale visée sont donc désormais membres de la SDC. Cette zone inclut les principales artères commerciales de Pointe-Saint-Charles, soit les rues du Centre, Charlevoix, Saint-Patrick et Wellington.

La zone commerciale de la SDC Pointe-Saint-Charles. Gracieuseté de l’arrondissement du Sud-Ouest

«L’union fait la force»

Le propriétaire de la boutique d’antiquités Louis XIII, Éric Farçy, se réjouit de la création de la SDC. Le commerçant de la rue du Centre estime que l’organisme facilitera l’existence de petits magasins comme le sien. «On sera plus fort en étant plusieurs commerçants», explique-t-il, faisant entre autres référence aux discussions avec l’administration municipale.

La SDC devrait contribuer à la préservation du caractère historique et distinctif de Pointe-Saint-Charles face au développement urbain frénétique qu’on observe un peu partout à Montréal, selon l’antiquaire. «On n’a pas le goût de devenir le Griffintown de demain», affirme-t-il.

La boutique d’antiquités Louis XIII, sur la rue du Centre. Nicolas Monet/Métro

La propriétaire du café-restaurant polonais Goplana, Kamila Bryla, voit aussi d’un bon œil l’émergence de la SDC, qui favorisera entre autres la création d’événements.

«Ça nous donne le sens de faire partie d’une communauté», note la restauratrice. Elle voit l’organisme comme un forum permettant aux entrepreneurs de faire part de leurs enjeux et de collaborer pour trouver des solutions.

Le restaurant Goplana, sur la rue Charlevoix. Nicolas Monet/Métro

Des conséquences potentielles pour la mixité sociale

Pointe-Saint-Charles, qu’Éric Farçy qualifie de «petit village», est un quartier historique où cohabitent des résidents aux profils socioéconomiques divers, dont une population plus vulnérable.

Pour la professeure au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Hélène Bélanger, il est difficile d’évaluer l’impact spécifique de la SDC sur l’embourgeoisement du quartier.

La gentrification commerciale avait déjà lieu. Le fait de constituer une SDC suit déjà cette tendance-là.

Hélène Bélanger, professeure au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM

«Pour ma part, j’ai l’impression que ça va accélérer quelque chose qui s’annonçait déjà», nuance cependant la professeure, spécifiant qu’une SDC répond généralement à certains besoins des populations plus bourgeoises que la population traditionnelle de Pointe-Saint-Charles. Elle cite notamment en exemple une pression à la hausse sur les baux commerciaux.

Par ailleurs, la grande proportion de logements sociaux et communautaires du quartier protège sa population de longue date et sa mixité sociale, selon elle.

Qu’en est-il de l’impact de la SDC sur les plus petits commerces? «Évidemment, les commerces plus gentrifiés y voient plus d’avantages que les plus petits, qui ont leur clientèle de longue date», répond Hélène Bélanger. Elle remarque tout de même que la collaboration entre les établissements peut favoriser la protection de ceux qui ont moins de ressources.

De plus, la professeure rappelle que la constitution de la SDC découle de la volonté des entrepreneurs: «C’est un regroupement de commerçants, donc ça permet un développement tel que les commerçants le veulent.»

«Les résidents ne devraient voir que des bénéfices», souligne pour sa part Francis Blouin. Il évoque notamment l’esthétisme, la propreté et la sécurité accrues du territoire. La SDC devrait aussi assurer une meilleure diversité commerciale et un taux de vacance plus bas des locaux commerciaux.

Le premier chantier de la SDC Pointe-Saint-Charles sera de structurer son administration, de réaliser des événements commerciaux et de réseautage, et de préparer un plan de développement étalé sur les trois prochaines années.

Qu’est-ce qu’une société de développement commercial?

Une SDC est un organisme servant d’interlocuteur entre ses entreprises membres et l’administration municipale.

L’objectif est d’assurer le développement économique ainsi que de dynamiser et d’embellir un territoire, tout en assurant le développement économique sur celui-ci, explique Francis Blouin.

Les limites dudit territoire, à savoir la zone commerciale, sont déterminées par le conseil de l’arrondissement concerné.

Selon Francis Blouin, la SDC offre une plus grande stabilité comparativement à une association volontaire comme l’ASPSC, puisqu’elle emploie des employés permanents. La SDC est aussi admissible à du financement spécifique de la Ville de Montréal et de l’Arrondissement du Sud-Ouest, d’une valeur totale de 200 000 $.

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