La Ville vient d’amorcer un chantier crucial pour assurer un avenir décent à notre mythique quartier chinois. Pavé, lampadaires et mobilier urbain seront remplacés sous peu. Mais à quand une vision économique?

Je posais la question il y a déjà plus d’un an dans cette tribune alors que les détails des travaux venaient tout juste d’être dévoilés. La communauté d’affaires asiatique se réjouissait évidemment de cette annonce, mais espérait un peu plus des autorités municipales. On désirait une destinée, une vision d’avenir, pour le quartier au même titre que le Quartier des spectacles, des affaires ou de la santé. Une demande parfaitement légitime pour éviter que les 6M$ consacrés à cette cure de jouvence ne se transforment en un coup d’épée dans l’eau. Un solide coup de barre est nécessaire pour redresser la santé financière du secteur.

«La moitié des locaux sont vides et en très mauvais état, me confiait en début de semaine Jimmy Yu, directeur général de l’Association du commerce et des restaurants chinois du Québec. On doit refaire complètement l’image du quartier non seulement pour les touristes, mais également pour inciter les Montréalais à venir faire du shopping et des affaires dans le secteur.»

Même son de cloche chez le designer urbain et conseiller stratégique Jean Marc Venne, qui a oeuvré auprès de la communauté ces dernières années. «Le quartier chinois devrait être une porte ouverte vers la Chine, une terre d’accueil pour les investisseurs. […] Il y a un équilibre à redéfinir entre le volet commercial, résidentiel et touristique.»

Et ils ont parfaitement raison. Ne miser que sur le carcan patrimonial, voire folklorique, du quartier chinois pendant des décennies a eu pour effet de le figer dans le temps. Il ne vit plus. Il ne respire plus. Mais surtout, il s’est transformé en un pastiche qui ne reflète aucunement la Chine d’aujourd’hui avec ses valeurs, son dynamisme et ses jeunes générations. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que cette portion du centre-ville est de plus en plus délaissée par la communauté asiatique elle-même. Elle ne s’y reconnaît plus.

Pour être allé à Hong Kong et à Pékin, la force des nombreux quartiers repose avant tout sur la densité résidentielle et la réappropriation de l’espace public pour pratiquer le yoga, le taï-chi et la danse sociale, pour siroter un thé, pour contempler une manifestation artistique. Bref, pour socialiser et créer des lieux vivants pratiquement 24 h sur 24. C’est tout le contraire de ce que nous propose actuellement notre petit ghetto chinois. Toute l’action se déroule à l’intérieur des murs, ce qui nuit grandement à la vitalité du secteur. Sans compter que les logements décents se font plutôt rares, ce qui encourage le quartier à se refermer sur lui-même.

À la Ville, on me confirme qu’une réflexion a déjà été amorcée avec, notamment, Dimitrios Jim Beis, responsable des communautés culturelles au comité exécutif. Mais le gros bout du bâton revient à la communauté asiatique qui devra réussir à mobiliser davantage ses troupes pour déterminer sa propre destinée.

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