Après le racisme à Montréal-Nord, l’humiliation au centre-ville. Deux policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont été suspendus au cours des dernières semaines pour des gestes humiliants et dégradants posés contre des citoyens. La Division des normes professionnelles enquête.
L’affaire a d’abord été révéléee par une enquête de La Presse. Selon le quotidien, un des agents aurait uriné sur une personne en situation d’itinérance, en pleine rue et pendant ses heures de travail. L’autre aurait pris des images avec une personne interpellée en le plaçant dans une position humiliante.
Toujours selon le quotidien, les policiers ont été suspendus à la suite de dénonciations de la part de leurs collègues au sein du SPVM.
Le SPVM confirme la suspension des deux agents, mais ne commente pas les détails de l’affaire.
«En raison de nos obligations légales en matière de protection des renseignements personnels liés aux dossiers internes des employés et afin de ne pas compromettre le travail des enquêteurs, nous ne pourrons pas donner plus d’informations», indique le SPVM par courriel.
L’affaire fait surface alors qu’à lieu ce soir la Nuit des sans-abri, un événement pan-québécois qui vise à sensibiliser la population sur la réalité des personnes en situation d’itinérance.
Le poste de quartier (PDQ) 21, dont relèvent les deux policiers suspendus, couvre notamment le territoire du centre-ville et du Centre-Sud, deux secteurs fortement touchés par la crise de l’itinérance.
Vives dénonciations
L’affaire n’a pas manqué de faire réagir la classe politique montréalaise. La mairesse Soraya Martinez Ferrada, qui a déjà vivement critiqué le SPVM à la suite des gestes racistes dénoncés à Montréal-Nord, s’est exprimé sur le réseau X.
«Les allégations concernant des agents du PDQ 21 sont très graves et heurtent cette dignité à laquelle tous ont droit. Je salue les policiers qui ont dénoncé cette situation. L’enquête doit maintenant suivre son cours pour que toute la lumière soit faite», a-t-elle dit.
Même son de cloche du côté de la cheffe de l’opposition officielle à l’hôtel de ville, Ericka Alneus.
«Cette histoire me révolte profondément. On doit pouvoir s’attendre à ce que chaque personne soit traitée avec dignité et respect, particulièrement par celles et ceux qui ont la responsabilité de protéger la population», dit-elle.
Porter un uniforme ne place personne au-dessus des règles qu’elle est chargée de faire respecter.
Ericka Alneus
Mme Alneus souligne l’ironie du fait que cette situation survient seulement un mois après l’adoption d’un nouveau règlement qui impose des amendes pour les citoyens qui manqueraient de respect à l’égard des policiers ou des autres employés municipaux.
Comme à Montréal-Nord
Cette affaire n’est pas sans rappeler la situation à Montréal-Nord, où une équipe complète de patrouilleurs a été démantelée pour des gestes racistes. Quatre des 16 policiers impliqués ont été suspendus et les autres ont été réaffectés.
En juin, le chef de police Fady Dagher était entré en personne au PDQ 39 pour démanteler l’équipe. Il a ensuite convoqué les journalistes pour annoncer la mesure en toute fin de soirée.
Le 28 septembre, le SPVM a soumis son dossier d’enquête au Directeur des poursuites criminelles et pénales. Le DPCP décidera si des accusations criminelles seront déposées contre les policiers en question.