Le gouvernement Legault a dévoilé jeudi sa politique sur les soins et services de première ligne, une réforme qui redonne aux Centres locaux de services communautaires (CLSC) un rôle de porte d’entrée principale dans le réseau de la santé. L’annonce a été saluée par plusieurs acteurs du milieu, tout en soulevant des questions sur sa mise en œuvre concrète.
La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, a présenté cette politique comme une transformation en profondeur de l’organisation des soins. D’ici cinq ans, 205 points de service seront accessibles à travers le Québec, dont 88 sont déjà actifs dans neuf régions.
Chaque citoyen sera rattaché à un CLSC de la même façon qu’une famille est affiliée à un centre de services scolaire. Un personne répondante au CLSC sera chargée de l’orienter vers les services appropriés.
Parmi les mesures immédiates annoncées figure un nouveau programme de financement des GMF qui entrera en vigueur dès le 1er avril, ainsi que le déploiement de huit nouvelles cliniques d’infirmières praticiennes spécialisées (IPS) dans autant de régions. Une mobilisation est également en cours pour inscrire 500 000 personnes supplémentaires auprès d’un professionnel de la santé d’ici la fin juin.
La politique prévoit aussi l’extension progressive de la plateforme numérique Votre Santé à l’ensemble du Québec, en complément du service Info-Santé 811.
Un retour aux sources
La décision de miser sur les CLSC marque un changement de cap notable. Ces institutions, ancrées dans les communautés depuis les années 1970, avaient progressivement perdu de leur influence au profit des groupes de médecine de famille (GMF) et d’autres structures centralisées.
La nouvelle politique leur confie un mandat de coordination des soins sur leur territoire. Les CLSC deviendront ainsi un pivot d’une offre de services interdisciplinaires regroupant médecins de famille, infirmières praticiennes spécialisées (IPS), pharmaciens, physiothérapeutes et travailleurs sociaux, selon le gouvernement.

«Une transformation profonde et durable de la première ligne comme celle que nous avons entreprise ensemble requiert du temps, un engagement, une mobilisation de tous les partenaires et une bonne coordination des actions à mettre en œuvre. J’entends bien rallier tout le monde autour de ce projet porteur au cours des prochains mois pour que nous poursuivions ensemble, dans la bonne direction, pour offrir à chaque personne le bon soin, au bon moment, par le bon professionnel», affirme Sonia Bélanger, ministre de la Santé.
Plus que temps, selon Québec solidaire
Québec solidaire, qui réclame depuis longtemps une valorisation des CLSC, a accueilli l’annonce positivement, mais avec une touche amer. C’est que le parti réclame depuis des décennies que les CLSC redeviennent le centre névralgique du système de santé.
«Après huit ans à démanteler la proximité, à centraliser le réseau, à faire du mur-à-mur avec Santé Québec et à laisser la première ligne s’affaiblir, la CAQ découvre soudainement les CLSC. Tant mieux si elle admet enfin l’échec du modèle GMF actuel, annoncé depuis des années, mais on est en droit de demander pourquoi elle a fait exactement le contraire pendant toutes ces années», affirme le responsable solidaire en santé, Guillaume Cliche-Rivard.
M. Cliche-Rivard réclame des embauches concrètes pour rebâtir une première ligne publique et interdisciplinaire. il se dit aussi sceptique face à l’intégration d’outils numériques comme les agents conversationnels. «Les Québécoises et les Québécois veulent pouvoir parler à de vraies personnes quand ils sont malades, pas être redirigés vers une médecine déshumanisée.»
Accueil positif dans le réseau de la santé
Cette préoccupation à l’égard du numérique est partagée par la FIQ, qui craint que les agents conversationnels prévus dans la politique ne se substituent au jugement clinique des professionnelles en soins. Mais, sur le fond, la Fédération accueille positivement l’annonce.
«C’est encourageant. Enfin, on parle de proximité, de vision d’ensemble, de responsabilité envers une population. Les CLSC sont présents partout au Québec et bien ancrés dans leur territoire. Ça, c’est positif», souligne Julie Bouchard, présidente de la FIQ.
Celle-ci souligne toutefois que les CLSC devront avoir une réelle capacité médicale et pour ne pas devenir qu’un simple guichet pour référer les patients ailleurs.
L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a accueilli l’annonce avec enthousiasme. «Si on nous avait demandé d’écrire une politique sur les soins et services de première ligne, on aurait peine à faire mieux», a déclaré son président, Luc Mathieu, saluant notamment la réduction de ce qu’il appelle «l’hospitalocentrisme» et le «médicocentrisme» qui ont longtemps dominé le système.
M. Mathieu demande à toutes les formations politiques à adopter cette vision afin qu’elle «traverse les années», à quelques mois des prochaines élections provinciales.
Des questions de financement et de mise en œuvre
Plusieurs intervenants ont souligné que le succès de la réforme dépendra des ressources qui l’accompagneront. La FIQ a explicitement demandé «un budget dédié, conséquent et structurant», faute de quoi «on risque encore de manquer le rendez-vous».
L’Association des établissements privés conventionnés (AEPC), qui gère 66 établissements en hébergement et en soins de longue durée, a pour sa part insisté sur la nécessité d’intégrer l’ensemble du continuum de soins à la démarche. LAEPC rappelle que plus de 111 000 personnes supplémentaires auront des besoins liés à la perte d’autonomie d’ici 2035.
Cet article a été produit par un journaliste avec l’assistance de l’intelligence artificielle. Veuillez consulter notre Politique d’utilisation de l’intelligence artificielle à des fins journalistiques pour en savoir davantage sur nos pratiques concernant l’IA.