Sami Khedira met le printemps arabe à l'épreuve en Tunisie

Ce jeudi 8 mars 2012, Nasreddine Ben Saïda, directeur du quotidien arabophone Attounissia, a été condamné à 1 000 dinars d’amende (environ 650 de nos dollars) après avoir publié sur sa  «une», la photo d’une femme dénudée.

La saga a commencé quand Sami Khedira, joueur vedette du Real Madrid et de la Mannschaft – la sélection allemande de soccer, dont le père, il faut le préciser, est tunisien –, avait posé en compagnie de son amie et modèle Lena Gercke pour le magazine GQ. Quand ses photos «osées» ont été reprises par le journal arabophone tunisien Attounissia, coup de théâtre, le directeur du journal, son rédacteur en chef et un journaliste ont été arrêtés, pour, je cite, «atteinte aux bonnes mœurs portant des risques de troubles à l’ordre public».

Et ce n’est pas tout. Les copies du journal avaient promptement été retirées des stands. Ç’a créé tout un émoi en Tunisie. Le lendemain de leur arrestation, les journalistes avaient été interrogés par un juge d’instruction au tribunal de première instance de Tunis, qui avait décidé de maintenir en détention le directeur et de remettre en liberté les deux autres journalistes.

Le 23 février, le tribunal a libéré le directeur d’Attounissia, après qu’il ait passé plus d’une semaine en prison et entamé une grève de la faim. De nombreux journalistes s’étaient déplacés pour assister à l’audience et soutenir leur confrère avec le soutien du syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT). Reporters sans frontières (RSF) a condamné fermement ce procès et surtout le recours au Code pénal alors que même le nouveau code de la presse en vigueur en Tunisie l’interdit!

Cette affaire a ébranlé Sami Khedira qui a déclaré au quotidien allemand Bild être choqué par les arrestations des trois journalistes tunisiens pour avoir publié des photos de sa compagne posant nue dans ses bras. Il s’est dit triste et malheureux que de telles choses se produisent. Il a notamment affirmé, et je le cite : «Je respecte les différentes religions et les croyances de chacun, mais je ne comprends pas qu’on ne puise pas s’exprimer librement.»

Cette affaire est un coup dur pour l’image de la Tunisie. Avec ce qui s’apparente à une nouvelle qu’on peut qualifier de «people», Sami Khedira a plongé la Tunisie d’après Ben Ali dans un débat de société crucial.

En tout cas, depuis l’arrivée des islamistes au pouvoir, ils ne cessent d’envoyer des signaux d’alarme pour tous les défenseurs de la liberté d’expression. En juin 2011, des hommes avaient vandalisé un cinéma de Tunis, pour empêcher la projection du film engagé «Ni Allah, ni maître». Et le directeur de la chaîne de télévision Nessma est poursuivi en justice à la suite de la diffusion du film «Persépolis». Une affaire à suivre!

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