Petit à petit, l'assiette se garnie
J’arrive tout juste du 6e rendez-vous montréalimentaire, organisé par la Conférence régionale des élus de Montréal, dont le thème était démographie et alimentation. Les intervenants discutaient des changements démographiques et de leurs impacts sur l’alimentation et les tendances alimentaires. En gros, le nouveau portrait de la population montréalaise, qui est de plus en plus vieillissante, immigrante, pressée et seule, favorise l’essor des plats préparés/sugelés, des portions individuelles, des aliments fonctionnels et de la restauration rapide.
En écoutant les intervenants parler d’éducation populaire, de consommation responsable, de diminution des gras trans et de sel et de sensibilisation au gaspillage, une question me tenaillait: prêche-t-on constamment auprès des convertis?
Est-ce que Roger qui boit son 2 litres de coke quotidiennement et qui mange du baloney et des patates bouillies parce que c’est moins cher que du lait, du poulet et des légumes verts se questionne sur ce qui se trouve dans son assiette et sur l’impact que ça a sur sa santé? Comment sensibiliser Mme Casgrain, 78 ans, qui vit seule et se contente de plats surgelés parce qu’elle n’a plus la force mentale et physique de cuisiner des vrais aliments. Pourquoi Sylvie, épicurienne, se priverait-elle de sa darne de thon rouge qu’elle adore? Comment dire à Gaétan, célibataire endurci, que ce n’est pas d’avoir une alimentation diversifiée que de changer de fast-food à tous les jours.
Le bio, local, éthique, frais et santé n’est malheureusement pas à la portée de tous et tout le monde n’est pas intéressé par ces courants réservés trop souvent à une poignée de gens convaincus d’avance. Bien manger demande de la discipline et des connaissances. Parce que, bien au-delà de la volonté de bien s’alimenter, encore faut-il être capable de s’y retrouver dans cette mer de produits sans gras, sans sucre, avec ci et ça, santé, bons pour le cour, avec fibres, éthiques, responsables et tutti quanti. L’industrie s’adapte, certes, mais nous en passe des petites vites par en arrière, faute d’une réglementation adéquate et d’une mésinformation des consommateurs.
Comment peut-on changer durablement les habitudes des gens au-delà des tendances? Maintenant qu’on a jasé et qu’on est tous d’accord, qu’est-ce qu’on fait concrètement?
Les quatre intervenants de ce matin sont tous optimistes face à l’avenir. Je leur laisse donc le mot de la fin.
Johanne Labrecque, spécialiste des tendances alimentaires et professeur à HEC, croit que des changements profonds sont en cours présentement et que les consommateurs sont les vecteurs principaux de ce changement.
Mourad Ghariani, proprétaire de la boulangerie Magrébia, croit pour sa part que ce sont les immigrants qui insuffleront un second souffle à l’industrie agroalimentaire. De par leur culture, souvent plus près de la nature et de la cuisine familiale, ces immigrants québécois changeront l’assiette québécoise.
La coordonnatrice de Services alimentaires bénévoles, Marjorie Northrup, est convaincue que les changements viendront du communautaire, des popotes roulantes, des jardins communautaires et autres organismes qui travaillent d’arrache-pied pour changer les choses.
Et finalement la nutritionniste-clinicienne Louise Lambert-Lagacé soutient que les Québécois mangent mieux aujourd’hui qu’il y a 20 ans, grâce à l’immigration, à notre curiosité et à l’information abondante. De grands et gros défis doivent encore être relevés mais tous les espaces de réflexion et d’action permettent de trouver des solutions.
Bon finalement, tout n’est pas perdu. On continue alors… Que croyez-vous?