PJ Harvey n'en fait qu'à sa tête
Depuis ses débuts en 1992 avec l’album Dry, Polly Jean Harvey évolue dans un monde à part. Son monde. A bientôt 40 ans, la rockeuse britannique n’en finit plus de brouiller les pistes, comme le démontre A Woman A Man Walked By, sa deuxième collaboration avec son compatriote John Parish, treize ans après l’excellent Dance Hall at Louise Point.
Une intensité jamais feinte
La dernière fois qu’on avait eu des nouvelles de PJ, elle interprétait des folk songs gothiques, sans guitare, simplement accompagnée d’un piano sur l’audacieux White Chalk, en 2007. Moins homogène, plus éclectique, son neuvième album studio intitulé A Woman A Man Walked By emprunte une route tortueuse qui croise le punk brutal et la pop immédiate, en passant par tous les styles intermédiaires.
Le résultat est sombre, parfois dérangeant, toujours fascinant, à l’instar de la chanson titre qui baigne dans un nihilisme que ne renierait pas Nick Cave. Du furieux « Black Hearted Love », qui ouvre l’album, à l’éphémère « Cracks in the Canvas », qui le conclut, la chanteuse s’y livre sans retenue, John Parish offrant un écrin à la fois urgent et expérimental à sa partenaire de jeu.
Sur « Sixteen, Fifteen, Fourteen », guitare, banjo et percussions se livrent un duel sans merci, arbitré par une PJ enragée, tandis que « Pig Will Not » évoque le blues enfiévré de Captain Beefheart. Plus aérien, » Leaving California » transpire d’une violence sourde qui ne se dissipe jamais, y compris sur les morceaux plus rêveurs comme « The Soldier » et « Passionless, Pointless ».
Même inégaux, ces dix nouveaux morceaux sont habités par une intensité émotionnelle jamais feinte, un bien précieux par les temps qui courent.