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Un mæstro dans le Grand Nord

Geneviève Vézina-Montplaisir - Métro

En septembre 2008, sept musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) et son directeur musical, Kent Nagano, ont pris part à un voyage très spécial. Ils sont allés se produire dans une région des plus reculées du pays, jouant dans trois villages du territoire inuit du Nunavut.

En quatre jours, l’OSM etle mæstro ont parcouru 2 700 km pour se rendre de Montréal à Inukjuak, en passant par Kangiqsujuaq et Kuujjuaq. Le réalisateur Félix Lajeunesse a capté les images de cette aventure hors de l’ordinaire, qui a permis au peuple inuit de se familiariser avec la musique classique, mais aussi à un chef d’orchestre et à ses musiciens de découvrir une culture traditionnelle des plus riches, pour en faire un documentaire : Tusarnituuq! Nagano au pays des Inuits.

C’est Katarina Soukup qui a eu l’idée de faire un film sur cette tournée uni­que.

À la tête de Catbird Production, cette productrice compte plus de 10 ans d’expérience avec des cinéastes inuits. Elle a fait appel au jeune réalisateur québécois Félix Lajeunesse, qui avait déjà participé à des tournages dans le Grand Nord pour mener à bien ce projet qui allait se révéler être tout un défi.   

«Ç’a été un tournage super- intense, explique le cinéaste qui s’est entouré d’une équipe qui avait déjà fait ses classes dans la toundra pour parer à toute éventualité. Étant donné qu’il n’y avait que trois concerts, il a fallu filmer à peu près tout ce qui s’est passé pendant ces quatre jours-là!»

Félix et son équipe n’ont donc pas chômé, tournant l’arrivée des protagonistes dans les différents villages, les spectacles, mais aussi les échanges entre Kent Nagano et les Inuits, qui n’avaient pour la plupart jamais enten­du de musique classique.

«Kent Nagano est un gars très occupé, assure-t-il. Mais on a quand même essayé de le filmer dans des moments libres, par exemple quand il a fait du quatre-roues avec Charlie Arngak, le président de l’institut culturel Avataq et l’hôte de la tournée.»

Il faut voir le grand chef d’orchestre sur son engin découvrir des territoires inconnus avec son nouvel ami et lui poser moult questions sur les traditions inuites!

«Kent Nagano est quel­qu’un qui veut comprendre comment les autres vivent, rapporte le documentariste. Il est curieux, il écoute beaucoup. Il inspirait beaucoup  confiance aux gens. Il a généré beaucoup d’intérêt et de sympathie, même si, à la base, les gens ne le connaissaient pas avant de le voir en spectacle.»

Spectacle sur mesure
Si les spectacles donnés par le charismatique chef ont eu autant de succès dans les villages inuits, c’est certainement parce qu’une attention spéciale avait été apportée aux choix des pièces jouées.

En plus d’interpréter Eine kleine Nachtmusik, de Wolfgang Amadeus Mozart, l’OSM a présenté le conte musical L’histoire du soldat, d’Igor Stravinski, récité en inuktitut par Jobie Weetaluktuk, et Take the Dog Sled, une Å“uvre spécialement composée par la Canadienne Alexina Louie pour cette occasion et dans laquelle deux chanteuses de gorge donnaient la réplique aux sept musiciens.   

«On se disait au début que les gens allaient peut-être trouver ça étrange comme musique, ou peut-être réagir froidement du fait qu’un art traditionnel, le chant de gorge, ait été intégré à un autre genre de musique, rapporte celui qui ira présenter au Festival des films de Toronto un court métrage sur la chanteuse de gorge Tanya Tagaq, Tungijug. Les gens ont été flattés que des artistes montent un spectacle pour eux sans autre intention que de partager leur art avec eux, d’autant plus que c’était un concert gratuit. À mon avis, je pense que ces Inuits vont se rappeler longtemps du passage de Kent Nagano dans leur coin de pays.»

Tusarnituuq! Nagano au pays des Inuits
En salle dès aujourd’hui

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