Tunisie: la bataille de la démocratie continue
Hélas, la Tunisie vacille depuis que la rue a chassé le dictateur Ben Ali. Après le raz-de-marée islamiste aux premières élections libres du pays, le parti d’Ennahda et ses virulents sympathisants n’ont cessé de mettre la pression sur les plus progressistes des Tunisiens.
Le 6 février dernier, l’assassinat de Chokri Belaid a été la goutte qui a fait déborder le vase. L’exécution par balle devant son domicile de ce chef charismatique et respecté du Parti unifié des patriotes démocrates, un parti d’extrême gauche, a fait sombré la Tunisie dans le deuil.
Mais les Tunisiens ne se sont pas laissés faire. D’autres batailles se poursuivent dans ce pays qui a mis en branle le printemps arabe. Il y a eu les poursuites contre plusieurs médias et journalistes dans l’espoir de les museler. En vain! Et récemment, il y a eu l’affaire Habib Kazdaghli, doyen de la faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, une ville de la banlieue nord-ouest de Tunis.
Depuis l’an dernier, après l’interdiction du port du niqab dans les salles de cours par le conseil scientifique de la faculté, cette université est malmenée par des salafistes. Le 6 mars 2012, deux étudiantes portant le niqab avaient fait irruption dans le bureau du doyen pour protester contre cette interdiction. L’une d’elles aurait carrément saccagé le bureau, selon le doyen qui avait porté plainte contre les deux étudiantes. Pourtant, Habib Kazdaghli s’était retrouvé au banc des accusés. Une des deux étudiantes l’a accusé de l’avoir giflé.
Face à l’absurde de ce procès, la Tunisie progressiste a livré une véritable mobilisation. La société civile tunisienne a fédéré ses forces autour d’un comité de défense d’une quarantaine d’avocats. après plus d’un an d’audiences et de procédure kafkaïennes, le doyen de la faculté des lettres de La Manouba a été acquitté en première instance.
Comme l’ont rapporté plusieurs médias locaux et étrangers qui ont couvert cette poursuite emblématique, les défenseurs de Habib Kazdaghli craignaient une instrumentalisation du procès. Le parquet a requalifié les faits à la première audience, aggravant la peine encourue, comme l’a relaté la journaliste Élodie Auffray du quotidien français Libération. Heureusement, le tribunal a fait preuve de patience et a vraiment essayé de découvrir la vérité, comme l’a relevé le doyen à la journaliste française.
Quant aux deux étudiantes plaignantes, elles ont écopé de deux mois de prison avec sursis pour «atteinte à la dignité d’un fonctionnaire». Celle qui aurait saccagé le bureau du doyen a eu deux autres mois de plus de peine. À suivre.