L’Amérique aurait financé la chute de Morsi
Certains accusent les Arabes d’être adeptes de la théorie du complot, tellement ils imputent leur absence de démocratie à l’ingérence de l’Oncle Sam dans leurs affaires internes. Or, la chute du président égyptien Morsi sème un doute raisonnable sur le rôle joué par l’Amérique.
Il y a une dizaine de jours, un reportage d’Al Jazeera a expliqué comment Washington aurait téléguidé depuis l’étranger certains «soulèvements» populaires en Égypte.
Pour ceux qui émettraient des doutes sur l’impartialité de la chaîne qatarie d’information en continu, sachez qu’Al-Jazeera s’est basé sur des documents obtenus par le programme d’investigation journalistique de l’université Berkeley, en Californie, grâce à la loi sur l’accès à l’information aux États-Unis.
La révision d’une dizaine de documents du gouvernement américain lève le voile sur plusieurs programmes du département d’État américain qui alimentent des canaux de financement destinés au «renforcement» de la démocratie au Moyen-Orient.
Ces programmes financeraient des opposants égyptiens qui ont émergé lors des manifestations contre le régime Moubarak en février 2011. Selon Al-Jazeera, ils font partie d’un vaste effort de l’administration américaine pour stopper le recul des laïcs, alliés de Washington, dans le but de reprendre son influence dans les pays du printemps arabe qui ont enregistré une montée des islamistes. Des islamistes qui mettraient en péril les intérêts de Washington dans la région.
Selon des documents fédéraux américains, plus d’un milliard de dollars ont été déboursés par les Américains pour la «promotion» de la démocratie dans la région, depuis 2002. On sait maintenant que l’Oncle Sam a versé beaucoup de dollars à Omar Afifi Soliman. Cet ancien colonel d’une unité d’élite de la police égyptienne tristement célèbre pour ses violations des droits de l’homme ravive depuis son exil la violence dans son pays, précise la chaîne qatarie.
Preuves à l’appui, Al-Jazeera affirme que le controversé Soliman ciblait déjà le gouvernement de Moubarak. Après le printemps arabe, il a adopté les mêmes tactiques contre les dirigeants militaires qui ont assuré l’intérim du pouvoir, avant de jeter son dévolu sur le gouvernement de Morsi.
D’autres bénéficiaires des fonds du gouvernement américain sont des opposants du président islamiste déchu, dont de célèbres blogueurs très suivis en Égypte. Certains avaient même appelé à l’élimination de Morsi par la force.
Selon Al-Jazeera, les aides américaines pour la «démocratie» auraient violé la loi égyptienne qui interdit le financement politique depuis l’étranger. Elles auraient aussi violé les règlements du gouvernement américain qui interdisent l’utilisation de l’argent des contribuables pour financer des politiciens étrangers ou des activités subversives pour déstabiliser des gouvernements démocratiquement élus.
En tout cas, qu’on le veuille ou non, dans l’affaire du coup d’État qui a destitué Morsi, le reportage d’Al-Jazeera a jeté un pavé dans la mare et secoué le dattier arabe!
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