Bonobo: frontières musicales malléables
Le multi-instrumentiste britannique Bonobo délaisse le downtempo pour les rythmiques 4/4 sur son cinquième album, The North Borders.
Au tournant du millénaire, vous pouviez facilement vous promener chez n’importe quel bon disquaire et vous diriger vers une section entièrement consacrée à un genre électronique en pleine ébullition : le downtempo. Parmi les figures de proue du genre, on se souviendra bien sûr de Kruder & Dorfmeister, de Thievery Corporation, de Nightmares on Wax et du multi-instrumentiste britannique Simon Green, alias Bonobo.
Les morceaux atmosphériques aux effluves de jazz de ce dernier en ont fait un des piliers de cette scène en plein essor grâce aux innombrables compilations «chill-out». Or, nul besoin de vous dire que les temps ont bien changé et que cette déferlante de downtempo a été reléguée au statut de tendance.
Mais Bonobo, lui, poursuit son travail de producteur-compositeur-DJ aguerri, se produisant devant un public renouvelé qui n’a aucun souvenir de l’époque Café del Mar. Tout s’explique par le fait que Bonobo n’a jamais voulu se cantonner à un genre, chose qui s’entend dès la première écoute de son surprenant cinquième album studio, The North Borders, paru en avril dernier.
Une galette riche en instrumentations sereines et en échantillonnages de tout acabit, en plus des influences dancefloor et des voix empreintes de soul (entre autres, Erykah Badu, Grey Reverend et Cornelia), The North Borders présente un univers qui appelle à l’introspection et à la rêverie, avec son pot-pourri de rythmiques électroniques plus énergiques qu’à l’habitude.
Vous vous éloignez des étiquettes de downtempo et de jazz auxquelles les gens vous identifient. Ça allait de soi, pour vous?
Je crois que oui. J’ai produit mon premier disque il y a maintenant presque 14 ans et je ne tiens aucunement à me limiter à ce petit carré de sable. Je sais qu’il y a un certain contingent de mes fans qui aimerait me voir répéter la même structure ad infinitum… Chose que je ne peux bien sûr pas faire, parce que mes goûts et mon oreille évoluent au gré des saisons! Je dois simplement faire la musique qui m’allume.
Vous avez composé The North Borders à la suite de votre déménagement de Londres à New York. Ce qui est surprenant, c’est que vous plongez ici dans un univers résolument plus house, qui s’apparente drôlement à la scène londonienne. C’était votre façon de rendre hommage à la ville que vous avez quittée?
Probablement! (rires) Ce que je produis est en quelque sorte le reflet de ce que j’écoute. La musique électronique progressive m’intéresse énormément ces temps-ci, et ça faisait longtemps que je m’y étais intéressé autant. Depuis cinq ou six ans, la house underground est un terrain très fertile.
Mon dernier disque, Black Sands, était très dub-électronique. Avec celui-ci, je me suis vraiment mis au défi de faire quelque chose d’inédit, de nouveau.
On vous identifie souvent comme un des artistes à l’avant-plan de la grande famille Ninja Tune – ce label pionnier de l’électronique champ gauche, à mille lieues des vaches à lait commerciales telles que Ministry of Sound. Quel a été l’impact du son Ninja Tune sur la culture musicale, d’après vous?
À mon avis, la quintessence de Ninja Tune est ce qu’on connaît aujourd’hui comme le «turntablism», ces compositions très axées sur les échantillons – du DJ Food et du The Herbaliser, par exemple. J’ai joint les rangs du label alors que Ninja Tune élargissait son spectre. Je ne crois pas, pas plus aujourd’hui qu’à l’époque où je me suis joint à la boîte, que Ninja Tune ait un «son» qui puisse définir l’ensemble de son écurie. Et c’est très bien comme ça; c’est pour cette raison qu’un label indépendant a pu survivre et prospérer depuis si longtemps.
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Bonobo
Au Métropolis
Ce mardi soir à 20 h 30