Fécondations in vitro: Des problèmes en perspective
Trois semaines après avoir été annoncé par le gouvernement, c’est jeudi qu’entre en vigueur le programme québécois de fécondation in vitro, qui permettra aux couples infertiles d’avoir accès à des traitements sans frais. Les médecins qui doivent composer avec cette nouvelle réalité craignent certaines complications en raison de la rapidité avec laquelle le programme a été mis en place. Un problème de facturation semble à cet effet devoir se dessiner.
«On est à la veille de l’entrée en vigueur du programme et on n’a toujours pas reçu le libellé de la facturation à la RAMQ [la Régie de l’assurance maladie du Québec], a indiqué hier le Dr François Bissonnette, directeur médical de la Clinique OVO. On ne connaît pas encore les prix ni comment on doit facturer. On aurait dû recevoir toutes ces instructions il y a très longtemps.» Le Dr Bissonnette a remis en question le choix du gouvernement de mettre en place un nouveau programme pendant l’été et les vacances à l’Assemblée nationale.
«On pense qu’il va y avoir des problèmes, a-t-il déclaré. On a beaucoup de difficulté à avoir des réponses de la part du ministère de la Santé. On dirait que le gouvernement n’a pas pensé à tout, encore.» Très critique au moment de l’annonce faite par le gouvernement provincial, le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Gaétan Barrette, continue de croire que Québec a agi avec trop de précipitation.
«Les cliniques de fertilité auraient reçu 3 000 appels par jour depuis l’annonce du gouvernement, a soutenu le Dr Barrette. Mais on va avoir de la difficulté à faire 3 000 traitements par année. Il nous faudrait facilement le double de médecins pour répondre à la demande, sans compter qu’il faut davantage d’infrastructures.» À la Clinique OVO, on assure être prêt à doubler le nombre de cycles de fécondation actuellement offerts chaque année. En 2009, 850 cycles ont été réalisés par la clinique privée.
Guerre de chiffres
L’Association canadienne de sensibilisation à l’infertilité (ACSI) a publié, mercredi, le détail des économies prévues par le gouvernement du Québec grâce à son programme gratuit de fécondation in vitro. Selon l’Association, Québec économiserait 36 M$ en frais d’hospitalisation périnatale, 18 M$ en soins de santé post-natals et 60 M$ en soins de santé et de services sociaux.
Ces économies seraient rendues possibles par la réduction du taux de naissances multiples, qui passerait de 30 % à 5 % grâce une politique stricte de transfert d’un embryon par femme, sauf rares exceptions. Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette, a qualifié d’optimistes les évaluations de l’ACSI.
«On parle de diminuer le pourcentage de naissances multiples, mais on oublie que le nombre absolu de naissances va augmenter, a-t-il rappelé. On joue avec les chiffres et on fausse le débat. Et c’est sans parler du fait qu’on présume que le taux de naissances multiples descendra à 5 %, alors que ce n’est pas sûr.»