Carton rouge au Qatar

Photo: Sean Gallup

Zinédine Zidane ne trône plus sur la corniche de Doha, la capitale du Qatar. La statue immortalisant son «coup de boule» contre l’Italien Marco Materazzi au Mondial 2006 vient d’être retirée pour prévenir toute idolâtrie, interdite par l’islam.

Le bronze de plus de 5 m de haut avait été acheté dans le cadre de la Coupe du monde de football 2022 qui doit se dérouler dans le richissime émirat du Golfe. Que les pétromonarchies conservatrices hésitent à exposer des statues en public pour respecter la jurisprudence islamique interdisant la représentation d’êtres humains, fort bien.

Que celle de Zidane enfonçant la cage thoracique de Materazzi ne témoigne pas d’un éclatant esprit sportif, passe encore. Mais il y a plus grave…

Le Qatar fait construire ses neuf mégastades en l’honneur du dieu football dans des conditions relevant de l’esclavage moderne. Ce sont des ouvriers étrangers qui se tuent à la tâche. Rien d’étonnant. Au moins 90 % de la main-d’œuvre vient d’ailleurs.

Le 25 septembre, The Guardian sortait un carton rouge en manchette: 44 Népalais sont morts entre le 4 juin et le 8 août. Presque un par jour. Coupables: les conditions sanitaires et sécuritaires alarmantes.

Selon le quotidien britannique, 4 000 ouvriers pourraient périr avant le premier coup de sifflet du Mondial.

Le Qatar dément avec force ces «informations fausses» et ces «chiffres exagérés». La FIFA elle, se fait discrète. La Fédération internationale de football association se demande s’il ne faudrait pas plutôt tenir le Mondial en hiver afin d’éviter les chaleurs frisant les 50°C l’été. À chacun son casse-tête.

Pour l’heure, le Qatar réclame un demi-million de travailleurs étrangers de plus pour prêter main-forte à ceux déjà sur place qui suent sang et eau plus de 10 heures par jour. Ils travaillent sous le régime de la «kafala», une tutelle en vertu de laquelle ils sont totalement soumis à leurs employeurs.

Afin de faire le point sur leur situation, François Crépeau, professeur à la Faculté de droit de McGill, séjourne cette semaine à Doha en tant que rapporteur spécial de l’ONU pour les droits de l’Homme des migrants. «Le Qatar a le taux le plus élevé au monde d’immigrés par rapport à sa population», rappelle-t-il dans un échange de courriels.

Il doit soumettre son rapport en juin 2014. Les conclusions de son enquête serviront-elles de base au retrait pur et simple du Mondial 2022? «Ce serait donner beaucoup de poids à un rapport comme le mien […]», répond François Crépeau.

Dans tous les cas, le sport roi a déjà été célébré dans une dictature en 1978: l’Argentine des généraux avait même vu son équipe sacrée championne du monde pour la première fois. Le Qatar y rêve. Il vit son conte de fées. Sans ses travailleurs immigrés.

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.