La Journée de la femme selon Lise Thériault
Que représente la Journée internationale de la femme pour vous?
C’est une occasion pour faire le bilan des progrès accomplis tout en identifiant les difficultés que les femmes doivent surmonter dans notre société. C’est aussi un moment pour célébrer l’apport exceptionnel de nos pionnières qui, avec leur dévouement et leurs actions, ont permis aux femmes d’aujourd’hui de s’épanouir tant sur le plan professionnel que personnel.
L’an dernier, les Québécois ont élu pour la première fois une femme première ministre. Qu’est-ce que cela signifie pour vous?
Actuellement, les femmes sont en mesure de repousser le plafond de verre dans plusieurs secteurs de la société et d’aspirer à des postes de haute direction, que ce soit dans le milieu des affaires ou en politique. Il y a à peine 30 ans, peu de femmes pouvaient envisager une carrière de politicienne. Aujourd’hui, il y a non seulement davantage de femmes qui sont ministres, mais plusieurs d’entre elles, dirigent des États. D’ailleurs, nous pouvons être fiers au Canada puisque cinq provinces et un territoire sont gouvernés par des femmes, dont les quatre provinces les plus fortes économiquement du pays. Au Québec, c’est la première fois que nous avons une femme première ministre. C’est pourquoi il faut continuer de repousser les barrières afin de s’assurer que les femmes puissent prendre la place qui leur revient dans notre société.
À votre avis, quels sont les combats que les femmes doivent mener pour parvenir à l’égalité des sexes?
Les femmes devront toujours poursuivre leur lutte afin de garantir l’égalité des sexes. Un des combats qui me tient à cœur est celui d’une plus forte présence des femmes dans les conseils d’administration. Lorsque je siégeais au Conseil des ministres, nous avons adopté une loi afin de nous assurer que les organismes publics, relevant du gouvernement du Québec, devaient atteindre 50% de postes dédiées aux femmes. L’objectif a été dépassé avec un pourcentage de 52%. Malheureusement, on constate que beaucoup de femmes, encore aujourd’hui, éprouvent de la difficulté à atteindre les instances dirigeantes d’entreprises privées. En effet, les CA des grandes compagnies canadiennes sont encore majoritairement composés d’hommes. De toute évidence, il reste du chemin à faire.
Les organismes qui viennent en aide aux femmes en détresse devraient-ils être mieux financés par Québec?
Quand on parle de problèmes sociaux, que ce soit la violence conjugale, les problèmes de santé mentale ou l’itinérance, il faut savoir les aborder sous différents angles. Il est clair que les services sociaux requièrent toujours plus d’argent, considérant l’augmentation du coût de la vie, des salaires ainsi que des services dispensés. À cet égard, il est nécessaire que les budgets soient indexés. Outre le facteur du financement, je crois qu’il faut être davantage actif, en misant notamment sur des campagnes de prévention. C’est pourquoi les groupes communautaires jouent un rôle primordial. Les centres de femmes, par exemple, offrent des services éducatifs pour mieux aider les femmes à anticiper et agir devant toute forme de violence. Bien que nous puissions être fiers de nos progrès, nous devons continuer d’aller de l’avant pour changer les choses et surtout protéger les droits et intérêts des plus vulnérables.
À titre de 2e vice-présidente du Réseau des femmes parlementaires de l’AFP, quels sont les dossiers que vous voulez mettre de l’avant pour le Québec?
La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) relève de la responsabilité du Réseau des Femmes de l’APF. Nous assurons un suivi constant avec les pays qui ont signé et ratifié cet accord. Malgré le fait que certains d’entre eux émettent des réserves, c’est de notre devoir d’atténuer leurs craintes. C’est pourquoi la CDEF nécessite un travail constant et minutieux. D’ailleurs, lors de nos rencontres, nous faisons état des bilans déposés par les différents états membres afin d’identifier les points à améliorer, ainsi que les progrès réalisés. Notre objectif consiste à réfléchir sur les différentes stratégies capables de consolider les droits des femmes et s’assurer que les pays ne reculent pas devant leurs engagements et continuent d’aller plus loin.
Quelles sont les réalisations québécoises que vous voulez faire connaître à travers la francophonie?
Lors de ma mission au Laos en novembre dernier, j’ai pu partager avec mes collègues du réseau, notre bilan lié aux gestes posés afin d’améliorer les conditions des femmes au Québec. Cette conférence s’adressait essentiellement aux pays membres de la région Asie-Pacifique : le Laos, le Vietnam et le Cambodge. J’ai eu l’occasion de partager nos grandes réalisations, notamment l’équité salariale, ainsi que bien d’autres actions menées à terme depuis les 10 dernières années. Mais encore aujourd’hui, de nombreux pays qui font partie de la Francophonie tels que la France et la Belgique, ignorent plusieurs de nos démarches, comme celle d’établir la parité homme-femme dans les CA d’organismes publics. D’où l’importance de faire connaître nos initiatives. Il est très important pour moi de faire la promotion de nos avancées, que ce soit au Québec ou à l’étranger. Toutefois, nous devons garder à l’esprit qu’il faut poursuivre la lutte contre toute forme d’inégalité envers les femmes.