Quelle famille!
Notre collaborateur est au Japon.
Quand chichi (le père) occupe un poste quelconque, mozuko (le fils) est presque assuré d’en hériter. Au Japon, les dynasties familiales sont au centre du paysage politique. Yukio Hatoyama, le nouveau premier ministre, ne fait pas exception à la règle. Son grand-père, Hichiro, a dirigé trois fois le pays du Soleil levant. Depuis 1992, seulement 2 des 11 chefs de gouvernement, – il y en a pratiquement un chaque année –, ont été des «roturiers». À la Diète (parlement), près du tiers des mandats se transmettent de père en fils. Le fiston – les députés représentent seulement 10 % des parlementaires – hérite presque automatiquement des fiefs électoraux du papa. Pour faire de la politique au Japon, il faut être bien né.
Le Parti démocrate du Japon (PDJ – centre-gauche) massivement élu le 30 août contre les conservateurs de Taro Aso, petits-fils d’un ancien premier ministre, a promis de mettre fin à cette tradition clanique qui a toujours sclérosé la vie politique de la deuxième économie mondiale. Mais en finir avec ce monde clos où les hommes politiques perpétuent souvent l’héritage idéologique familial est plus facile à dire qu’à faire. D’autant que Hatoyama est l’incarnation même de la dynastie politique japonaise, un peu comme les Kennedy aux États-Unis. Son parti, fondé en 1996, a été massivement financé par sa mère.
S’il est aujourd’hui au pouvoir, c’est davantage en raison de son nom que parce qu’il a promis aux 127 millions de Japonais une «société fraternelle et une politique basée sur l’amour». Il s’est fait quand même élire dans une circonscription qui n’était pas un fief familial. Pendant la campagne, il a d’ailleurs interdit à ses candidats de se présenter dans les circonscriptions détenues par un membre de leur famille. Mais il faudra qu’il passe une loi à la Diète pour que cette interdiction ne soit pas levée si son gouvernement tombe. Au Japon, on peut être premier ministre le matin et se chercher un nouveau poste le soir. Mettre rapidement fin aux castes politiques, c’est un peu demander une révolution culturelle dans un pays où le conformisme est encore roi et où les changements se font à pas de tortue.
La politique dans l’archipel restera une affaire de kazoku (famille) tant que ses acteurs ne suivront pas les traces de Soichira Honda. Le fondateur du numéro deux de l’industrie automobile japonaise a toujours refusé qu’un de ses fils travaille pour lui et encore moins lui succède. «Je ne crois pas aux héritiers», aimait-il rappeler. Yukio Hatoyama, dont le grand-père maternel a fondé le géant du pneu Bridgestone, a le pied sur l’accélérateur pour sortir le Japon de sa féodalité politique.