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Débats sociaux et démocratie

Jean-Marc Pisapia, Rédacteur en Chef Invité

J’étais chez un libraire-disquaire l’autre jour pour voir si notre dernier album s’y trouvait et je suis tombé sur le bouquin de M. Parizeau La souveraineté du Québec, hier aujourd’hui et demain. Bien que je ne l’aie pas encore entamé, force est de constater l’importance que l’homme accorde au débat. Pas seulement à ce débat-là, mais au débat tout court. Et concernant le débat tout court, je dois dire qu’il a raison.

Je vous soumets donc une pensée à laquelle je réfléchis depuis longtemps et qui a beaucoup influencé mes choix politiques : le débat est le moteur de la démocratie, et la démocratie reste le seul outil dont le citoyen dispose pour garder le politicien en laisse.

En effet, le politicien qui veut se faire élire au sein d’une société aux prises avec des enjeux divergents devra ménager la chèvre et le chou et faire constamment des compromis. Plus il y a d’enjeux, plus il y a de divergences d’intérêts, plus la démocratie gagne en pertinence.

Vous me direz que les sociétés ne manquent jamais de questions à débattre et que, si uniformes soient-elles, il y aura toujours quelque chose qui ne fera pas l’affaire de tout le monde. J’ai envie de vous dire : «Une chance!» Seulement voilà, il arrive parfois (rarement, mais parfois…) que toutes les circonstances soient réunies pour que même les sociétés les plus démocratiquement sophistiquées se mettent à ressembler à des dictatures dignes de républiques de bananes.

Corrigez-moi si je me trompe, mais le 10 septembre 2001, le débat animant la scène politique américaine se limitait à une ennuyantissime histoire de fonds de pension collectifs.

Le lendemain, la nation entière avait oublié ses petits différends et, en l’absence totale de débat d’aucune sorte (autour des causes des attentats par exemple, ou de la marche à suivre à partir de là), tout le pays s’est rallié derrière le président et l’a suivi sans un mot de protestation. Zéro débat. Ceux qui ont osé critiquer la Maison-Blanche dans sa démarche ont été systématiquement accusés d’antipatriotisme. Le gouvernement a ouvert les vannes à un flot ininterrompu de désinformation ensuite véhiculé par les médias et donné à la petite cuiller à une population sous le choc.

Que Bush ait eu raison ou pas, l’Histoire le dira. Mais ce qui m’a vraiment ouvert les yeux, c’est de voir comment une nation aussi éclectique que les USA a pu devenir soudainement si homogène, pratiquement du jour au lendemain, et comment il est facile de manipuler une population où tout le monde se met à penser de la même manière.

Cela dit, je tiens à faire une distinction entre une population uniforme (ou homogène) et une population unie. On peut être unis dans un idéal de société tout en ayant des aspirations différentes, des opinions divergentes, etc. Le Melting Pot, quoi… Je ne suis non plus pas un gros fan de multiculturalisme, où des groupes parfaitement homogènes vivent leur solitude chacun de leur bord sans jamais montrer le moindre désir de faire partie d’une société unie, justement.

En deux mots, ce que je suis en train de vous dire, c’est ce qu’un politicien ne vous dira jamais : qu’une petite dose de division n’a jamais fait de tort à une vraie démocratie. Au contraire, d’après moi. Notre société a de la chance d’être composée d’adhérents à des courants d’idées
différents, voire même divergents, qu’on soit souverainiste ou pas. Notre démocratie ne s’en trouve qu’enrichie.

Mais qu’est-ce que je connais là-dedans, moi, pauvre musicien que je suis…

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