Ô Canada policier?
En cette belle journée d’été, c’était la fête du Canada. À Ottawa, 100 000 personnes se sont rassemblées pour applaudir la reine de leur pays. Les commentaires de citoyens rapportés à la télé signalaient que nous avions le plus beau pays du monde, modèle mondial de démocratie, de justice et de respect des droits. C’est mieux qu’ailleurs, bien sûr, mais ils avaient déjà oublié les sables bitumineux, le scandale des commandites et la répression politique honteuse à Toronto et à Montebello. On est très loin des téléséries policières aseptisées et idéalistes qui maquillent la réalité. Le jugement sur le Canada dépend donc d’où et comment on regarde. Si on regarde avec un souci de droits humains, de justice sociale et de démocratie, si on regarde à partir d’en bas, du point de vue des appauvris et des exclus, on ne voit vraiment pas la même chose.
Ce jour-là, quant à moi, j’ai choisi de participer à la manifestation organisée sur le Plateau Mont-Royal (près d’un millier de participants) par la Coalition des luttes anticapitalistes (CLAC) pour protester contre la brutalité policière au G20 tenu à Toronto, où le travail policier a été détourné par les politiciens, eux-mêmes pervertis par le lobby corporatiste. À l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés. Alors qu’on a besoin de policiers intègres et disciplinés au service des citoyens.
Pour avoir participé à une rencontre d’information de la coalition (CLAC) dans mon quartier, je sais que ces jeunes militants et militantes ont une bonne capacité d’analyse et une conscience sociale. Ils ont la fougue et la radicalité de leur âge, mais ils voient clair, et c’est quand même eux qui prennent les coups : les contraventions, les brutalités policières, les insultes, les menaces et les casiers judiciaires. Faut être plutôt convaincu! Beaucoup d’adultes engagés dans des groupes sociaux marchent avec eux. Sur le parcours de la manifestation, il y avait beaucoup de spectateurs à leur fenêtre, à leur balcon ou sur les trottoirs. À force de regarder passer la parade de ceux et celles qui manifestent pour nos droits de citoyens sans emboîter le pas, un jour ce sera notre tour de se faire brutaliser et il n’y aura plus personne pour marcher pour nous.
– Gérard Laverdure, Montréal