Montréal
16:27 20 décembre 2016 | mise à jour le: 21 décembre 2016 à 11:35 temps de lecture: 4 minutes

Lampadaires à DEL: la Santé publique soutient Coderre

Lampadaires à DEL: la Santé publique soutient Coderre
Photo: collaboration spéciale

Les lampadaires à DEL (Diodes électroluminescentes) que compte installer la Ville de Montréal ne sont pas dangereux pour la santé humaine, selon l’avis de la Direction régionale de santé publique (DRSP) diffusée mardi.

L’administration Coderre avait mis sur la glace son projet de 110M$ de remplacement des 132 000 lampadaires dans l’attente de l’étude de la DRSP.

Deux professeurs du CEGEP de Sherbrooke, ainsi que des élus montréalais invoquaient notamment que les DEL blanches de 4000K (Kelvin) envisagées par la Ville projettent une lumière bleutée qui perturberait le cycle du sommeil et donc la production de mélatonine, avec des risques pour la santé.

Ils recommandaient plutôt l’utilisation d’ampoules ambrées ayant une température couleur de 3000K comme le fait Sherbrooke. Ces dernières sont plus onéreuses, mais induisent une pollution lumineuse moindre.

«L’installation des luminaires de rue aux DEL à 4000K n’entrainera qu’une très faible augmentation de l’exposition des citoyens à la lumière bleue comparativement aux luminaires au sodium haute pression actuellement en place», mentionne le rapport de la Santé publique qui ajoute que les personnes sont trois fois plus exposées à la lumière bleue par leurs lumières intérieures ou leurs écrans.

Le rapport précise en outre que la lumière issue des lampadaires ne s’infiltre que très peu dans les domiciles quand les stores ou les rideaux sont fermés, mais recommande néanmoins à la Ville de mettre en place un système de gestion efficace des plaintes des citoyens pour gérer les cas d’éblouissements ou de lumière intrusive dans les domiciles.

Pour Martin Aubé, l’un des deux professeurs en physique ayant sonné l’alarme, «il y a plusieurs erreurs dans le rapport» de la DRSP. «On compare des niveaux d’éclairage pendant la période d’éveil avec les niveaux pendant le sommeil pour dire que la lumière venant de la rue est négligeable. C’est l’évidence qu’elle est beaucoup plus faible, mais ça n’a aucun sens de comparer les niveaux pendant deux périodes métaboliques complètement différentes (éveil et sommeil)», dit-il.

Il déplore, en outre, que le rapport privilégie des études ayant été financées par l’industrie. Le rapport de la DRSP mentionne notamment deux études britanniques et deux études américaines. L’une d’elles souligne que seuls les luminaires les plus puissants (les DEL d’au moins 6900K) auraient un effet de suppression de la mélatonine.

La Santé publique montréalaise écarte les recommandations de l’Association médicale américaine au prétexte qu’elle « ne présente aucune référence qui appuie le choix d’une température de couleur de 3 000K et se base plutôt sur des plaintes faites par des citoyens dans des municipalités ou les luminaires de 4 000K ont déjà été installés».

L’administration Coderre a réagi par courriel. «Notre priorité a toujours été la santé et la sécurité des citoyens et un éclairage approprié des rues, des trottoirs et des voies cyclables est essentiel pour garantir la sécurité des usagers de la route», a déclaré Aref Salem, l’élu responsable du Transport à la Ville.

«La Ville de Montréal prend acte du rapport de la Direction régionale de la santé publique et fera part, dans les prochains mois, de sa position dans le dossier des luminaires à DEL», a-t-il ajouté.

Du côté de l’opposition officielle, le conseiller Sylvain Ouellet souligne que la direction de santé publique de la Ville de Toronto est arrivé à des conclusions différentes de celles de Montréal. Elle suggère plutôt d’opter pour des luminaires de 3 000K avec des gradateurs pour diminuer l’intensité de la lumière au milieu de la nuit. Selon lui, l’administration Coderre devrait adopter le principe de précaution, «car quand on investit autant que 110M$, il faut s’assurer de ne pas avoir à revenir en arrière à la lumière de nouvelles études».

Le rapport de la DRSP ne s’intéresse pas aux questions des impacts sur la faune ou sur le ciel étoilé.