«Je veux combattre la stigmatisation», affirme le président du Conseil interculturel de Montréal
Montréal est sans conteste une terre d’accueil attirante, puisque 87 % des nouveaux arrivants du Québec choisissent de s’y établir. Le président du Conseil interculturel de Montréal (CiM), Nikowe Germain Amoni, connaît bien cette réalité et toutes les complexités qu’elle entraîne : profilage racial, multiplication des lieux de culte, lutte pour l’égalité en emploi. Profitant du 10e anniversaire du CiM, Métro a voulu faire le point sur les défis attendant l’organisme qui conseille tant le maire que les services de la Ville, dont le Service de police (SPVM) et la Société de transport de Montréal (STM).
Depuis sa création, le CiM accorde une importance particulière à la problématique du profilage racial. Où en est rendu le dossier?
Nous voyons qu’un changement de mentalité s’opère dans les services municipaux, qui s’entendent pour dire que tout doit être fait pour bannir cette forme de stigmatisation. Après avoir passé plusieurs années à documenter le phénomène et à multiplier les rencontres avec les principaux intervenants, nous avons réussi à faire inclure le profilage racial comme motif de discrimination dans la Charte montréalaise des droits et responsabilités.
Pensez-vous que cet ajout à la Charte va réellement aider à prévenir la discrimination envers les minorités visibles?
Sans aucun doute. Même si ce ne sont que des mots, ils témoignent d’une volonté qui s’inscrit à l’intérieur de plans d’action concrets. Je pense notamment à la sensibilisation accrue auprès des policiers du SPVM, qui sont plus de 4 000 sur l’île, ainsi que de la STM, qui regroupe près de 7 000 employés. Ces services nous consultent régulièrement pour savoir comment prévenir toute forme de traitement abusif.
Lors de votre arrivée au poste de président, il y a deux ans, vous avez dit vouloir redéfinir la lutte contre le racisme. Quel est votre plan?
Je veux favoriser une approche moins axée sur la victimisation et davantage basée sur la promotion de l’inclusion sociale. Lorsqu’on veut inclure, on doit respecter l’autre et s’intéresser à ses différences, plutôt que lui attribuer des caractéristiques basées simplement sur sa couleur de peau.
Justement, il est écrit dans le rapport 2012 du CiM que l’emploi est une des clés fondamentales de l’inclusion des groupes ethnoculturels dans la société d’accueil.
En effet, je pense qu’il faut faciliter l’égalité d’embauche pour les nouveaux arrivants dans la fonction publique municipale. Avec plus de 20 000 employés, la Ville de Montréal peut jouer un rôle vital dans l’intégration des minorités ethniques. Nous avons parlé de cette situation au nouveau directeur des ressources humaines, Jean-Yves Hinse, qui a décidé l’an dernier de faciliter le processus de recrutement. Dorénavant, toutes les offres d’emploi sont affichées et gérées par la ville. centre, et non plus par les arrondissements qui ont eu recours au copinage dans le passé.
Vous produisez actuellement un document qui inclura une cartographie des lieux cultes minoritaires sur l’île, en vue du nouveau plan de développement urbain de Montréal. Pourquoi?
Le plan de développement urbain est un outil important, qui permet de tenir compte d’un ensemble de préoccupations pour imaginer le Montréal de demain. L’arrivée massive d’immigrants augmente la diversité religieuse, et pour mieux comprendre le phénomène, il faut procéder à un inventaire localisant les établissements religieux et culturels. Certains sont autorisés, d’autres non. La Ville est interpellée dans ce dossier, notamment en matière d’octroi de permis, de salubrité des lieux, d’impacts sur la circulation et sur le bon voisinage. Dans l’avis que nous remettrons en septembre, nous voulons fournir une mise à jour de la carte puisque la dernière version date de 2002.
On dit souvent que Montréal est un modèle d’intégration culturelle; qu’en pensez-vous?
Je crois que c’est presque un modèle. Et j’insiste sur le mot «presque»; le travail n’est pas fini, mais Montréal tire bien son épingle du jeu. Depuis deux ans, la ville est désignée «Cité interculturelle» par le Conseil de l’Europe. Elle se classe ainsi en 5e position sur 40, selon plusieurs indicateurs, dont la force de ses initiatives en matière d’interculturalisme et la qualité de l’accueil qu’elle réserve aux immigrants. Je vois ce classement comme une invitation à poursuivre nos efforts.
Dixième anniversaire
Le Conseil interculturel de Montréal fêtera le 10e anniversaire de sa fondation le 13 mai, de 17 h à 19 h 30, à l’hôtel de ville de Montréal. Plusieurs intervenants
du milieu prendront part à l’événement, et un documentaire sur l’apport des immigrants africains à la conception du Plan Nord sera présenté.