Une oeuvre d'art contre du bénévolat
À ceux que les prix élevés du marché de l’art découragent de se bâtir une collection, l’événement Bénévotemps offre une possibilité originale : acheter avec son temps. Parrainée par le Centre d’action bénévole de Montréal (CABM), l’initiative qui allie art et bénévolat s’amènera pour la première fois à Montréal au mois d’avril.
L’idée de départ est simple. Les participants à la soirée Bénévotemps prennent part à un «encan silencieux» où figurent une vingtaine d’œuvres d’artistes montréalais. On y mise non pas de l’argent, mais des heures de bénévolat à compléter auprès d’un organisme local. Les oeuvres, elles, sont payées d’avance par les commanditaires.
«Bénévotemps cible les jeunes de 20 à 40 ans qui ne sont pas habitués au bénévolat, mais qui s’intéressent au domaine artistique», explique l’agent des communications du CABM, François Lahaise. «On souhaite créer un buzz chez cette clientèle.»
M. Lahaise rappelle par ailleurs que le Québec est la province où il se fait le moins de bénévolat au pays. Considérant que le CABM répertorie plus de 900 demandes actives pour des bénévoles à Montréal, l’événement constitue une vitrine non négligeable, tant pour les organismes communautaires que pour les artistes émergents. De part et d’autre, l’organisation de l’événement a reçu plus d’une centaine d’applications.
L’intérêt suscité par le concept cause parfois certaines difficultés. De 250 à l’origine, le nombre d’heures maximales que les visiteurs peuvent miser est passé à 125. «Nous avons réalisé que 250 heures de bénévolat dans une année, c’est excessif», reconnaît Amanda Grainger-Munday, directrice des médias sociaux chez Timeraiser, l’organisation canadienne qui a eu l’idée des «encans silencieux». «Certains organismes peinaient effectivement à réclamer les heures dues auprès des gagnants.»
Règle générale, toutefois, le sérieux des participants ne se dément pas. Depuis 2004, Timeraiser a permis d’accumuler plus de 100 000 heures de bénévolat en échange d’œuvres d’art. Le seul achat d’un billet d’entrée (20 $) constitue un engagement de la part du visiteur à fournir 20 heures de son temps à un organisme. «C’est pour nous une façon d’atteindre un public nouveau mais, surtout, c’est une excellente manière pour les volontaires de collectionner avec leur temps», conclut Mme Grainger-Munday.