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Le Canada passe de premier de classe à cancre dans la lutte contre les changements climatiques

Autrefois considéré comme un leader en matière d’environnement et de lutte contre les changements climatiques, le Canada traîne de la patte depuis quelques années. La réputation du pays a d’ailleurs été mise à mal par certains représentants des pays impliqués dans les négociations qui ont mené au sommet de Copenhague, qui s’ouvre lundi.

Dans les années 1990 et au début des années 2000, le Canada était de toutes les discussions dans le do­mai­ne de l’environnement. Bien que son inaction fut parfois critiquée, le Canada demeurait un membre actif des négociations touchant les questions environnemen­tales. L’élection de Stephen Harper, en 2006, a grandement changé la donne. «Jean Chrétien a fait ratifier le Protocole de Kyoto, mais n’avait pas une stratégie concrète pour permettre au Canada d’atteindre ses objectifs, ce qui a donné lieu à de nombreuses con­sultations partout au pays, a expliqué Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki. Quand les conservateurs sont arrivés au pouvoir, ils ont décidé de remettre les pendules à zéro. Ils ont commencé à être plus négatifs dans les négociations et à jouer un rôle d’arrière-garde. Plu­sieurs pays se sont mis à critiquer le ton du Canada. Et ça se poursuit.»

Gouvernement sur la sellette
Critiqué de toutes parts, le gouvernement de Stephen Harper semble s’éloigner un peu plus chaque jour des objectifs de Kyoto et d’une entente sur des cibles ambitieuses pour la période 2012-2020. «Le premier ministre manque de vision, a estimé Steven Guilbeault, coordonnateur général adjoint d’Équiterre. Depuis 2006, il a coupé massivement dans les budgets de recherche en environnement, a diminué la présence du pays aux rencontres internationales et a adopté une position très pro-pétrole. Sincèrement, je pense que Stephen Harper est une cause perdue.»

Les représentants des pays les plus pauvres ont d’ailleurs pris en grippe les négociateurs canadiens choisis pour discuter du pacte qui doit succéder à Kyoto. Au mois d’octobre, alors que le Canada plaidait pour un accord moins contraignant pour les pays riches, les délégations des 130 pays les plus pauvres de la planète ont quitté massivement la salle en guise de protestation. «Au niveau international, le Canada n’a plus aucune crédibilité, a affirmé Karel Mayrand. Pour rétablir la situation, il faudra soit un changement de culture au niveau du gouvernement, soit un changement de gouvernement.»

Un espoir
Malgré l’hostilité de certains pays et le vraisemblable manque de détermination du gouvernement Harper, il semble peu probable que le Canada soit exclu de l’entente qui sera négociée à Copenhague. «Stephen Harper ne voudra pas payer le prix politique de ne pas faire partie de l’entente, a jugé Steven Guilbeault. Mais on peut craindre que le gouvernement ne respecte pas les objectifs qui seront imposés.»

Ces manquements pourraient coûter cher au pays, qui risque de se voir imposer, par les pays les plus proactifs en matière de lutte contre les changements climatiques, des ta­xes spéciales à l’importation réservées aux pays délinquants. Puisque 45 % de l’économie canadienne est basée sur l’exportation, le non-respect des objectifs de l’ère post-Kyoto pourrait faire très mal au Canada, qui paierait finalement le prix de sa mauvaise réputation.

Les conservateurs confiants

Environnement Canada de­meure confiant de voir le pays jouer un rôle actif dans les négociations devant mener à une nouvelle entente pour l’ère post-Kyoto. Le ministère a accepté de répondre, par courriel, aux questions de Métro.

Sentez-vous que le Canada a perdu son titre de leader en matière de lutte contre les  changements climatiques?
Le Canada, comme ses partenaires du G8, soutient l’objectif qui vise à réduire les émissions globales d’au moins 50 % d’ici 2050, et soutient l’objectif des pays développés de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, dans l’ensemble, de 80 % ou plus d’ici 2050.

Quels sont les plans en ce qui a trait aux objectifs à atteindre d’ici 2020?

Le Canada s’attend vraiment à jouer un rôle actif et positif à la Conférence de Copen­hague. Le gouvernement du Canada maintient son engagement, qui consiste en une réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 2006 d’ici 2020, avec pour objectif à long terme une réduction de 60 % à 70 % d’ici 2050. Cet objectif est réaliste, bien qu’ambitieux lorsque l’on considère que la population du Canada est grandissante et que le secteur industriel du pays a une forte intensité énergétique.

Nous appuyons l’approche en matière de changements climatiques qui visent des bienfaits environnementaux et économiques pour tous les Canadiens. Le Canada s’engage dans une approche nord-américaine harmonisée. Il est dans l’intérêt économique, bien entendu, du Canada et des États-Unis d’harmoniser leurs politiques en matière de changements climatiques.

Le Canada est-il prêt à négocier pour établir, avec les autres pays, des objectifs ambitieux de lutte contre les changements climatiques?
La Conférence à Copenhague est une étape importante dans la lutte contre les changements climatiques, et le Canada a pleinement l’intention de jouer un rôle actif et positif dans le but de conclure un accord complet et ambitieux qui comprenne la participation de tous les pays et qui soit conforme aux principes établis dans la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de responsabilités communes, mais distinctes et de capacités respectives. Nous continuerons d’appuyer des mesures internationales qui viennent renforcer la capacité des collectivités les plus pauvres et les plus vulnérables à s’adapter aux répercussions des changements climatiques.

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