Pour l'amour du jazz
Sur la petite planète jazz, Montréal fait bonne figure avec son festival estival d’envergure international. Mais derrière ce géant qui profite de gros moyens financiers se tient bien droite et bien fière une autre institution qui a fait du jazz son cheval de bataille. Il s’agit de la maison de disques Effendi, qui fête cette année ses 10 ans. Dix ans à endisquer les artistes de jazz d’ici et à les aider à avoir un rayonnement international, neuf ans à proposer un autre rendez-vous jazz que celui du Festival avec sa série Jazz en rafale.
Derrière Effendi, il y a Alain Bédard, qui, le 1er avril 1999 fondait sa compagnie de disques avec un collectif d’artistes. Ces derniers étaient venus cogner à sa porte parce qu’ils savaient qu’il avait une petite connaissance de l’enregistrement, étant lui-même musicien, et surtout, parce qu’il était leur dernier espoir, aucune maison de disque n’ayant voulu mettre leur projet sur le marché.
«Les maisons de disques pensaient que le jazz québécois n’était pas intéressant, se souvient le contrebassiste. Ells aimaient mieux faire des trucs plus commerciaux, avec des artistes plus connus. Surtout du côté francophone, il n’y avait pas preneur. On s’est donc mis en gang et on a sorti trois albums au mois de mai 1999. Après ça, on a sorti en septembre trois autres albums, et ainsi de suite.»
Aujourd’hui, le catalogue d’Effendi compte plus de 90 albums et représente quelque 50 artistes, dont Rémy Bolduc, François Bourassa, Yannick Rieu, reconnus internationalement.
«Je pense qu’en 10 ans, on a fait connaître les musiciens québécois au Québec et en dehors du Québec aussi, souligne Alain Bédard. On a fait des disques, mais on a aussi organisé des concerts et des tournées. Ç’a permit à plusieurs musiciens de se faire connaître à l’étranger autant qu’ici. En 10 ans, avec les succès qu’on a eus au niveau des disques, on peut dire :
mission accomplie.»
Dur labeur
Malgré ce constat positif après 10 années d’existence, il faut souligner que l’équipe derrière Effendi a travaillé fort pour se faire une place dans l’industrie du disque et surtout, pour la garder. Dernièrement, Effendi a d’ailleurs perdu son distributeur, Fusion 3, placé sous la protection de la Loi sur la faillite. La compagnie de disques de jazz a eu chaud, mais elle est maintenant distribuée par Sélect, ce qui lui donne en fin de compte davantage de visibilité.
Effendi n’est pas non plus à l’abri de la crise qui sévit dans l’industrie du disque depuis quelques années. Pourtant, la compagnie semble s’en tirer admirablement bien, ayant toujours tenté de développer au maximum l’utilisation de son site internet et ayant signé plusieurs contrats pour que les pièces de ses artistes soient disponibles sur plus de 140 plates-formes numériques.
«L’industrie du disque a été ébranlée à cause d’internet, explique le leader du groupe Auguste Quintet. La distribution des disques n’est pas facile. Mais pour nous, déjà, au départ, ce n’était pas facile de vendre des disques, alors la situation n’a pas vraiment changé! On a toujours, par contre, chaque année, une augmentation de nos ventes de disques. On a toujours une petite croissance depuis 10 ans. C’est sûr qu’il ne faut pas négliger ce qui arrive à l’industrie. Le jazz est en bas de l’échelle, c’est un des trucs les moins lucratifs, mais il faut trouver des idées, il ne faut pas lâcher.»
Une de ses idées est d’avoir mis sur pied la série Jazz en rafale, qui présente des spectacles de jeunes de la relève avec le Concours, mais aussi des prestations d’artistes locaux et internationaux. Jazz en rafale ne bénéficie pas par contre d’un budget de promotion comparable à celui du Festival de Jazz et ne peut pas inviter de grosses pointures internationales du jazz.
«On se concentre sur les artistes locaux, souligne Alain Bédard. C’est notre spécialité!»
Jazz en rafale
Les 2, 3 et 4 avril
À l’Espace Dell’Arte