La dernière fugue: La vie avec mon père
Le 24 décembre au soir, une famille comme les autres se réunit pour le traditionnel repas des Fêtes. Arnaud Desplechin a pondu une suite à Un conte de Noël? C’est plutôt la cinéaste Léa Pool qui a décidé d’adapter le roman Une belle mort, de Gil Courtemanche, sous le titre La dernière fugue. Le patriarche (Jacques Godin) souffre de Parkinson rigide et ses proches ne savent pas comment réagir. Devant le désarroi de la mère (Andrée Lachapelle), le fils aîné (Yves Jacques) cherche le meilleur moyen de le soulager…
«Il y a énormément d’affinités entre ce personnage et moi, note Yves Jacques, le comédien fétiche de Robert Lepage. J’étais très heureux qu’on m’offre ce rôle-là, qui me permettait de montrer une espèce de gravité de la vie, alors qu’on m’a souvent fait jouer des choses fantaisistes… Cela fait du bien parfois de juste se laisser aller et de ne pas tout contrôler, tout construire. Claude Miller m’appelle le « Alec Guinness du Québec ». Pour une fois, on me demandait d’être moi-même. D’une certaine façon, c’était comme être en vacances.»
Le tournage des scènes intérieures au Luxembourg (coproduction oblige) a peut-être été un agréable camp de jour pour l’ensemble de la distribution, mais la thématique, elle, est loin d’être évidente. Au contraire, il y a des discussions animées et des séances d’humiliation, du ressentiment et des zones d’ombre dans ces houleuses rencontres familiales. Afin d’alléger le propos, la réalisatrice a, comme dans son précédent film, Maman est chez le coiffeur, multiplié les ellipses et les symphonies mélodiques, ce qui ne peut qu’évoquer la mémoire mélancolique des jours anciens et meilleurs.
«Toutes les personnes âgées vont te le dire : ce qui revient, c’est le passé, les vieux souvenirs, raconte la créatrice d’Anne Trister. C’est pourquoi j’ai décidé d’utiliser ces plages de nostalgie, cette musique qui te permet de respirer et de reprendre ton souffle. Pour recevoir ce sujet-là, il faut avoir une émotion de cÅ“ur, que ce ne soit pas juste rationnel ou intellectuel.»
Mourir pour des idées
Même si plusieurs autres films ont déjà abordé la même problématique, parler du suicide assisté en 2010 ne semble pas toujours aisé. Et il ne serait pas surprenant que La dernière fugue provoque un nouveau débat sur cette épineuse question. «Cela concerne tout le monde, ça fait partie de nos existences, rappelle Léa Pool. Mais c’est un sujet tabou. On cherche toujours à évacuer la mort de nos vies.»
Il faudra pourtant s’en rappeler avant qu’il ne soit trop tard. «Je crois qu’on a le droit de mourir dignement, maintient la productrice du long métrage, Lyse Lafontaine. Je ne veux pas être prolongée, je ne veux pas être dans un centre couchée à terre pendant des années à me faire changer ma couche une fois par jour. Plus on vieillit, plus on y pense. Je n’ai pas peur de la mort, j’ai peur d’une agonie extrêmement prolongée.»
La dernière fugue
En salle dès aujourd’hui