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Films à durée variable

Une nouvelle version du chef-d’Å“uvre de Fritz Lang, Metropolis a récemment été montrée aux Montréalais avec 25 minutes additionnelles. De toutes les époques, cette pratique est courante au cinéma: modifier l’Å“uvre originale pour l’adapter à une clientèle précise. Même avec la démocratisation des moyens de consommation, cela ne change guère. Jaco Van Dormael a travaillé pendant une décen­nie à son ambitieux Mr. Nobody.

À la toute dernière minute, les distributeurs et les producteurs ont privilégié un montage de 137 minutes, au détriment de celui de 154 minutes qui plaisait davantage au metteur en scène. «Les visions créative et commerciale s’affrontent, raconte le cinéaste. Ils veulent s’adresser au plus grand nombre de gens possible. Moi, j’ai envie que ça parle au public, mais le plus profondément possible ; j’ai le goût que le film reste longtemps en mémoire.»

Il y a quelques mois, une série de courts métrages roumains, Contes de l’âge d’or, a pris l’affiche dan quelques cinéma. À Montréal, la version comportant des sous-titres français durait 80 minu­tes, alors que celle avec des sous-titres anglais s’échelonnait… sur 138 minutes! Il y avait donc plus ou moins de contes selon la langue choisie. «Le distributeur était libre de présenter ceux qu’il voulait», expli­que Charles Tremblay, directeur général de Métropole Films. Ainsi, la copie avec sous-titres anglais provient de l’Angleterre et de l’Australie, pays qui avaient sélectionné plus de courts métrages que la France, d’où sont tirés les sous-titres français. «C’est vraiment un cas excep­­tionnel, ajoute-t-il. Une situation comme ça ne se reproduira peut-être même pas.»

La réalité est encore plus surprenante sur le plan des documentaires. Certains essais comme La mar­che de l’empereur sont complètement métamorphosés pour la clientèle américaine. Grand succès en France, Océans  a vu sa durée fondre de 20 minutes lors de son passage de ce côté de l’Atlantique. Disney en a profité au passage pour ajouter une narration à ce projet pratiquement muet. Puisque le père de Mickey Mouse s’occupait de la distribution pour le territoire nord-américain, le spectateur québécois n’a pas accès au montage d’origine.

Bébés serait peut-être l’exception qui confirme la règle. «Le film a été vendu dans tous les pays du monde, lance son réalisateur Thomas Balbès. Il y a une seule et même version, un seul et même montage, et une seule et même musique pour toute la planète, ce que je trouve assez satisfaisant. Je crois que cela ne s’est jamais fait ; c’est une première!» Espérons que ces documentaires ne subiront pas de nouvelles transformations quand ils seront diffusés à la télévision, car le format de 52 minutes est souvent de mise au petit écran…

DVD, mon amour
L’accessibilité des DVD et autres Blu-ray a considérablement changé les mentalités. En plus d’inclure dans les supports le récit présenté en salle et des suppléments, on peut y inclure la vision originale du créateur. Échaudé par l’échec de Kingdom of Heaven, Ridley Scott en a proposé un montage nettement plus long et complet. Au contraire, sur le DVD de Truffe, de Kim Nguyen, une version plus courte a permis aux cinéphiles de redécouvrir l’Å“uvre, qui était passée presque inaperçue.

Il en va de même pour le Red Cliff de John Woo. Cette saga de près de cinq heures a été présentée sur les écrans dans un format de 2 h 30. Heureusement, une fois arrivé le temps du septième art à la maison, les deux versions sont offertes à un coût presque similaire. «On n’a pas une salle où on aurait pu jouer la version longue, maintient Victor Rego, vice-président marketing et distribution des Films Séville. Les salles de cinéma font moins d’argent, car elles perdent une représentation quand un film dure aussi long­temps.»


Effet d’entraînement

  • Inglourious Basterds: Après avoir laissé de glace plusieurs
    festivaliers de Cannes en 2009, Quentin Tarantino remonte son dernier
    effort. Heureuse idée : les critiques sont dithyrambiques, et le long
    métrage récolte une nomination aux Oscars comme meilleur film.
  • Les invasions barbares : Le film de Denys Arcand a reçu un
    traitement «international» pour sa diffusion à l’extérieur du Québec :
    le montage resserré élimine quelques scènes humoristiques pour se
    concentrer sur l’histoire. Résultat? Un triomphe monstre à Cannes, aux
    Césars et aux Oscars.
  • Avatar : Insatisfait d’avoir foudroyé le box-office mondial, James
    Cameron promet de ressortir dans les pro-chaines semaines Avatar avec
    quelques minutes inédites. Aura-t-on finalement droit à sa véritable
    vision de Pandora?

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