The Grandmaster: de main de maître
Dans The Grandmaster, Wong Kar-wai donne des airs de film d’action à l’histoire du kung-fu moderne. Le réalisateur chinois Wong Kar-wai jette un regard fantastique sur l’histoire de sa nation, à travers la lentille du kung-fu, dans The Grandmaster (Le grand maître), qui retrace l’histoire de Yip Man (Tony Leung), le père du kung-fu moderne, qui a enseigné à nul autre que Bruce Lee. Mais d’abord, si on se fie au film, il a dû composer avec le climat politique changeant en Chine.
Ce film est «inspiré d’une histoire vraie». À quel point avez-vous cherché à rester fidèle à la réalité?
Le film y est plutôt fidèle. Tout ce que j’ai inventé, c’est le personnage de Gong Er [joué par Zhang Ziyi]. C’est un personnage fictif et non une vraie personne, mais dans les faits, Gong Er est la synthèse de plusieurs femmes remarquables de l’époque. Alors que la Chine passait de la monarchie à la république, il y a eu plusieurs grands hommes, mais aussi plusieurs femmes remarquables venues de toutes les sphères de la société, qui essayaient d’avoir leur liberté d’expression, d’avoir le droit de poursuivre les buts qu’elles avaient envie de poursuivre.
Le film rappelle que le kung-fu a déjà été très exclusif, réservé aux gens de la haute.
Dans le sens traditionnel du terme, les arts martiaux n’étaient pas pour les pauvres, non. Pour pratiquer les arts martiaux, vous deviez être financièrement indépendant, parce que vous ne pouviez pas consacrer de temps à quoi que ce soit d’autre. Il fallait pratiquer – à des heures précises, comme à 3 h du matin, puis à 15 h. Il devait faire ni trop chaud, ni trop froid. Et il y avait tellement de formalités. Quand les gens vous visitaient, il fallait organiser une grande fête. Quand ils partaient, il fallait leur offrir un cadeau. Toutes ces dépenses, ce n’était pas rien.
De quelle façon est-ce différent aujourd’hui?
En faisant mes recherches, j’ai découvert que les adeptes des arts martiaux ne sont pas des gens très fortunés, mais que quand on les visite dans leur ville, ils prennent quand même tout en charge. Ils vont vous nourrir, au restaurant ou chez eux, ils vont toujours vous traiter avec hospitalité. Parce que les gens qui pratiquent les arts martiaux sont très humbles, très prudents, ils savent qu’ils possèdent une arme avec leur art. Alors, ils font attention pour ne pas se faire d’ennemis. Ils sont très gentils avec les autres. Mais quand ils font leurs démonstrations, ils deviennent une autre personne.
Que pense l’industrie du cinéma chinois de films hollywoodiens comme Iron Man 3, qui attirent de plus en plus de gens en Chine? Est-ce une croissance bienvenue ou une menace?
Je trouve toujours plutôt ridicule de dire : «Alors que Hollywood nous envahit», parce que nous faisons du cinéma depuis bien longtemps. La seule chose qui soit importante, c’est que le public aille au cinéma. Aujourd’hui, ce n’est pas comme il y a 10 ou 15 ans. Les gens ont plus d’options. Ils peuvent voir des choses sur leurs téléphones, sur leurs ordinateurs, le cinéma n’est plus le seul choix possible. Alors, c’est une bonne chose d’avoir différents styles de films sur le marché.
Et qu’en est-il de l’importance croissante du public des films hollywoodiens, de façon globale?
On voit très clairement maintenant que l’industrie du cinéma ne peut compter sur un seul marché. Même un film hollywoodien ne peut pas survivre seulement avec le public américain, il a besoin du marché international. C’est pourquoi il y a de plus en plus d’attention portée au marché chinois, qui grandit très rapidement.
The Grandmaster
En salle dès le 30 août
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