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Santé, honnêteté et question nationale

Mercredi matin, 9h30, la salle commune du complexe résidentiel pour retraité Vent de l’Ouest est calme et baignée de rayons de soleil. Bien campés sur leurs divans, au centre de la salle, deux retraités discutent tranquillement, café à la main.

«Les politiciens veulent faire ci, ils veulent faire cela, juste avant les élections ils promettent et promettent, mais ils ne peuvent pas tenir toutes leurs promesses, ils vont manquer d’argent!», pense Raymond Gauthier, retraité et ancien habitant de Pierrefonds. L’homme de 83 ans en a vu d’autres des élections et des campagnes électorales, mais même s’il a souvent été déçu par les gouvernements qui se sont succédé, il votera le 4 septembre prochain. Pour lui, c’est un devoir. Même avis du côté de son ami, Mario Torelli, qui reste toutefois encore indécis. «Je ne regarde même pas les débats. Je ne comprends rien de ce qu’ils se disent. Jean Charest (PLQ) promet toujours des millions ici et là. En 2003, il avait promis des baisses d’impôts, mais il n’a pas tenu ses promesses. Je n’aime pas Jean Charest, mais je ne suis pas pour Pauline Marois (PQ) non plus. Et François Legault (CAQ) en a trop promis, ça n’a pas de sens», dit-il. D’emblée, l’homme de 68 ans n’a qu’une demande pour le gouvernement, il veut «la paix»!

Si l’on dit souvent que les jeunes sont cyniques en matière de politique, les personnes âgées semblent l’être tout autant, et même davantage. Élection sur élection, nos aînés ont vu passé les promesses et les grandes idées politiques modernes. Certes, ils sont plus nombreux à se rendre aux urnes dans leur groupe d’âge, mais comme le souligne Raymond Gauthier, «sans cela on ne peut pas se permettre de critiquer!».

Selon Statistiques Canada, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus se situait à 15,7 % au Québec en date du 1er juillet 2011. Pour la première fois, la population âgée de 65 ans et plus dépassait celle de moins de 15 ans dans la province. À Montréal on parle de 14,6% de personnes âgées. Les aînés ont donc un poids considérable dans la balance électorale.

Santé et question nationale

Dans un salon, à l’écart de la salle commune, six femmes retraitées partagent des biscuits et du café avant d’entreprendre leur journée. Toutes sont bien conscientes que les chefs politiques courtisent le vote des aînés à leur manière.

«Pauline Marois met l’emphase pour aider les aînés dans sa campagne, mais dans le passé elle a fait des faux pas en santé, avec les médecins de famille», raconte Thérèse Henripin, qui a écouté les débats diffusés dimanche à Radio-Canada et lundi à TVA. «Pour les soins à domicile, c’est du rêve en couleur. Marois veut la séparation du Québec et pour essayer de gagner la sympathie des gens, comme la population vieillie au Québec, elle met l’emphase sur le sort des aînés», pense-t-elle.

La question nationale, comme un lourd vestige du passé, refait souvent surface dans les remarques lancées autour de la table. Si Thérèse Henripin avoue avoir été charmée par une certaine Françoise David (QS) au débat de dimanche, elle ne connait pas vraiment son parti et ne voterait pas pour elle. Seuls les deux formations traditionnelles, le PQ et le PLQ, semblent être des options valables et crédibles. Dans le cas des six femmes, la balance penche fortement en défaveur du PQ en raison de la possibilité d’un référendum.  «On ne veut pas se séparer. Quelle monnaie on va utiliser si on devient un pays séparé? De l’argent cubain?», rigole Denise Beck, 81 ans. «Non, de l’argent Canadian Tire!», rétorque son amie au bout de la table. «On a un certain montant d’argent qui nous appartient pour vivre. Si le Québec se sépare, qu’est-ce qu’on va avoir nous autres?», demande Mme Beck.

Pour ces dames, la question nationale est close depuis longtemps, mais elles ont peur des jeunes, qui selon elles, voteront pour Pauline Marois dans deux semaines. Pour Denise Beck, par exemple, la crise étudiante et les carrés rouges sont associés au PQ et à la souveraineté. «Les jeunes auraient dû aller à l’école», répète-t-elle, révélant du coup le fossé qui a séparé deux générations au printemps dernier.

N’empêche, de tous les sujets échangés ce matin-là, la question de l’honnêteté est souvent revenue à l’avant-scène. Un discours révélateur d’un cynisme profond aussi présent chez les aînés. «On demande aux politiciens d’être honnêtes, mais ça n’existe pas en politique. On se fait avoir de tous les bords. On ne sait plus quoi faire. Les gens qui se présentent ne sont pas honnêtes. C’est difficile de choisir parmi des gens qu’on n’aime pas, mais il faut quand même voter», conclut Maria, une dame de 78 ans.

À savoir si elles sont encore prêtes à changer d’idée sur leur choix pour le 4 septembre, les six femmes n’ont répondu ni oui, ni non, mais l’on sent qu’avec le temps, les convictions deviennent plus fortes et profondes et moins propices au changement.

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