CSSS: l’identité du médecin fautif révélée
Le médecin qui a effectué des centaines d’examens de coloscopie incomplets à l’hôpital général du Lakeshore depuis 2009 avait déjà été sanctionné par le Collège des médecins. C’est du moins ce qu’ont révélé des journaux montréalais vendredi dernier.
Le docteur Gilles Bourdon a été radié temporairement en 2009 pour des fautes semblables à celles qui lui sont maintenant reprochées.
Le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de l’Ouest-de-l’Île a annoncé mercredi matin qu’il devait rappeler 684 personnes en raison d’examens de coloscopies peu fiables.
«La reprise d’examens fait suite à une évaluation détaillée menée par le CSSS de l’Ouest-de-l’Île qui laisse présager que des examens de coloscopie réalisés par un médecin œuvrant dans l’établissement durant cette période pourraient être incomplets», avait précisé le Dr Richard Germain, président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du CSSS, lors de la conférence. Le CSSS avait toutefois refusé de dévoiler l’identité du docteur fautif.
«Des mesures nous empêchent de révéler l’identité de la personne fautive», a expliqué la porte-parole du CSSS Ouest-de-l’Île, Sandrine Charpentier, au journal Cités Nouvelles. «Toutefois, les patients concernés peuvent contacter les médias pour dire de qui il s’agit. C’est ce qui est arrivé», a-t-elle ajouté.
Le Dr Gilles Bourdon a été démis de ses fonctions à l’hôpital Lakeshore en avril dernier. Depuis, son droit de pratique a été limité par le Collège des médecins. Il n’a plus le droit de faire des coloscopies ni des opérations dans un établissement public. Il s’est aussi engagé à ne procéder qu’à des consultations et à des interventions mineures en cabinet privé.
Une patiente raconte
Ancienne patiente du Dr Gilles Bourdon, Ginette Payer n’a pas été bien surprise quand elle a appris l’identité du médecin fautif. Son mari non plus d’ailleurs, qui a déjà suivi un examen de coloscopie avec lui à l’hôpital Lakeshore.
«Dans les premiers temps, il était très gentil. On croyait que c’était un bon médecin, mais on ne le connaissait pas assez», raconte l’ancienne patiente. «Je crois que c’est une bonne chose qu’il n’ait plus le droit de pratiquer», a-t-elle ajouté, en entrevue avec le journal Cités Nouvelles.
En 2007, la dame aurait accompagné sa cousine, Rose Hogye, au cabinet du Dr Bourdon pour un examen, car cette dernière se plaignait de douleurs au ventre.
Après coloscopie, le médecin aurait établi un diagnostic de diverticulite, un type d’infection du colon.
M. Hogye, 73 ans, aurait alors suivi un régime stricte pendant des mois pour régler l’infection, mais les maux de ventre ne partaient pas. En 2009, la dame est entrée à l’hôpital du Suroit pour une biopsie qui a finalement révélé l’existence d’un cancer. «Il était trop tard. Ils l’ont envoyé à l’hôpital Notre-Dame et elle a été transférée aux soins palliatifs de l’Ouest-de-l’Île. Elle est décédée peu après, en juin 2009», se souvient Mme Payer.
À la même époque, le mari de Mme Payer voyait régulièrement le Dr Bourdon pour des traitements. En annonçant au docteur que la cousine de sa femme était finalement décédée d’un cancer, le docteur aurait avoué qu’il avait vu le cancer, deux ans plus tôt, lors de la coloscopie, mais qu’il avait préféré ne pas lui dire. «Il a dit à mon mari que cela aurait rendu ma cousine trop nerveuse !», s’indigne l’ancienne patiente. «S’il lui avait dit, elle aurait peut-être pu se faire soigner dans les temps et mener encore une belle vie», conclut Mme Payer.
À quelques reprises au cours des dernières années, elle avait pensé porter plainte contre le médecin, allant même jusqu’à rédiger une lettre à l’intention du Collège des médecins, qu’elle n’a finalement jamais envoyée.
Elle est maintenant soulagée de le savoir hors d’état de nuire.