Glenn Greenwald, le journaliste qui veut rendre les gouvernements imputables et transparents
Le journaliste derrière la publication des premières révélations d’Edward Snowden, Glenn Greenwald, est sur le point de lancer une nouvelle entité journalistique destinée à dissiper les ombres sous lesquelles se dissimule le monde de l’espionnage.
Pierre Omidyar, le président fondateur du site de ventes aux enchères eBay, s’est engagé à investir une somme minimale de 250 M$ dans ce «nouveau média de masse» consacré à promouvoir l’«imputabilité et la transparence des gouvernements». M. Greenwald sera accompagné de sa collègue Laura Poitras, qui l’a aidé à publier les documents d’Edward Snowden, et de Jeremy Scahill, l’homme qui a révélé au grand jour le scandale Blackwater d’Irak – des mercenaires privés avaient tué 17 civils – et les pratiques de torture de la CIA.
Omidyar est resté avare de détails – le lieu et la date de l’inauguration n’ont pas encore été annoncés –, mais le milliardaire est connu pour préconiser un modèle d’affaires horizontal qui devrait offrir aux journalistes une plus grande liberté que les médias traditionnels. M. Greenwald a précisé que cette indépendance l’a finalement convaincu de quitter le journal The Guardian, le quotidien britannique qui a diffusé plusieurs des documents explosifs fournis par Snowden avant que le gouvernement britannique exige la destruction de ses disques durs, forçant celui-ci à partager avec d’autres médias des milliers de documents n’ont pas encore été publiés.
«Je pense qu’Omidyar est en croisade, dit Jay Rosen, directeur de l’École de journalisme de l’Université de New York, proche de Greenwald et d’Omidyar. Ce qu’il retirera de cette aventure, c’est le prestige de permettre un excellent journalisme voué au service public, qui révèle ce qui, normalement, serait resté caché.»
Les partisans de Greenwald ne demanderont rien de moins qu’une guerre contre l’appareil de sécurité tout droit sorti de 1984, le roman d’Orwell. «Chacun s’attend à ce que Glenn et Laura produisent du journalisme d’enquête qui frappera la machine de surveillance étatique droit au cœur», raconte une source de l’Electronic Frontier Foundation, un organisme de défense de la vie privée numérique qui organise une marche contre la NSA à Washington.
Mais les agences de sécurité n’attendront pas d’être attaquées. «Étant donné le genre de journalisme que [ce nouveau médium] entend pratiquer, la protection des journalistes sera fondamentale», explique Rosen. L’agence de renseignement britannique GCHQ poursuit immédiatement les auteurs de fuites d’informations, tandis que les spécialistes de sécurité américains répètent que des vies seront perdues si Greenwald continue de dévoiler des secrets d’État.
Cette nouvelle initiative promet donc d’être explosive… tout comme la confrontation qui s’annonce.