Le poids santé du Dr Barrette

Il existe bien des raisons de critiquer le docteur Gaétan Barrette, mis à part son tour de taille.

La principale est liée au rôle qu’il a joué depuis six ans comme président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Alors que le budget du ministère de la Santé était déjà hors contrôle et l’accès aux soins passablement problématique, son principal combat a été de faire augmenter le salaire de ses membres.

La rémunération moyenne des spécialistes frôle maintenant les 300 000 $ par année (plusieurs gagnent plus d’un demi-million) et la part du salaire des médecins dans le budget de la Santé est passée de 3,8 milliards il y a cinq ans à 5,4 milliards l’an dernier, presque un douzième de toutes les dépenses de l’État.

Le patient-contribuable dont le chèque de paie n’a pas connu la même hausse peut se consoler : il n’y a pas plus de médecins pour le soigner mais, au moins, ceux-ci gagnent beaucoup plus cher. Merci, docteur Barrette.

On pourrait aussi critiquer l’attitude inutilement belliqueuse du candidat de la Coalition avenir Québec, qui a traité plus tôt cette semaine ses vis-à-vis du Parti libéral et du Parti québécois d’ « insignifiants ». Ça va être beau quand il va devoir s’asseoir avec les généralistes, les infirmières, les pharmaciens, les syndicats…

Pauline Marois a néanmoins soulevé un point valable quand elle a affirmé qu’un ministre de la Santé devrait donner l’exemple (Madame Marois n’a pas eu le courage d’assumer l’allusion peu subtile et a préféré s’en laver les mains hypocritement, mais ça, c’est une autre histoire).

Un Québécois sur quatre est considéré comme « obèse », ce qui fait maintenant de l’obésité un problème plus prévalent que le tabagisme. Les pathologies qui y sont liées sont multiples : problèmes cardio-vasculaires, articulatoires, cancers, diabète. Elles ne se limitent plus aux adultes : le diabète de type 2, lié généralement à l’âge et à la mauvaise alimentation, apparaît maintenant chez des mineurs. La génération qui grandit pourrait vivre moins longtemps que celle de ses parents.

Discuter publiquement d’obésité reste délicat en raison du tabou lié à la responsabilité. Outre l’alimentation et le rythme de vie, on sait que plusieurs éléments entrent en jeu, de la génétique à l’environnement social, en passant par des facteurs psychologiques.

Sans accabler nos concitoyens enveloppés, la réalité abrupte et déplaisante demeure : l’obésité, un grave problème de santé publique, était un phénomène marginal il y a quelques décennies seulement. Et elle se développe de façon galopante dans les pays riches où l’on mange trop, trop mal, et où l’on ne bouge pas assez.

Une façon de réduire les coûts en santé est de passer d’une approche curative à une approche préventive. Encourager les gens à bouger plus et manger moins, par exemple, plutôt que de soigner les problèmes de santé consécutifs à la suralimentation.

Personnellement, j’aimerais bien voir mon ministre inaugurer des menus santé dans les écoles, donner des prix à des cafétérias qui se distinguent, participer à des rallyes cyclistes ou des demi marathons et nous inciter – en donnant l’exemple – à prendre soin de nous afin de rester le plus loin possible de l’hôpital.

Ça fait des années qu’on a des ministres qui gèrent les malades. Pourrait-on en avoir un qui s’occupe un peu plus de prévention?

Docteur Barrette, serez-vous aussi capable de faire ça?