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18:53 5 octobre 2020 | mise à jour le: 9 octobre 2020 à 00:02 temps de lecture: 6 minutes

Joe Biden investit le terrain de campagne laissé vacant par Donald Trump

Joe Biden investit le terrain de campagne laissé vacant par Donald Trump
Photo: Scott Olson/Getty ImagesJoe Biden

MIAMI — Alors que le président Donald Trump est forcé de ralentir ses activités après avoir été infecté par la COVID-19, le terrain électoral est presque entièrement laissé à son rival démocrate, qui en profite pour viser des États clés et pour courtiser des bastions républicains de longue date qui, espère-t-il, pourraient l’aider à faire son chemin vers la victoire.

Joe Biden a effectué lundi son deuxième déplacement en Floride en un peu plus de deux semaines. Sa visite à Miami était conçue pour empiéter sur une partie du territoire de M. Trump, passant même par Little Havana, le quartier cubain typiquement conservateur connu pour son opposition farouche au gouvernement communiste à Cuba.

Il enchaînera plus tard cette semaine avec un voyage en Arizona, qui n’a pas soutenu un candidat démocrate à la présidentielle depuis 1996.

M. Biden appuie sa tournée sur le terrain par une campagne publicitaire énergique et ciblée: plus de 6 millions de dollars ont été réservés pour du temps d’antenne à la télévision au Texas — un État profondément rouge pendant des décennies — jusqu’à la fin octobre, selon une analyse des données menée par l’Associated Press. Il prévoit également dépenser 4 millions de dollars en publicité en Géorgie, un autre État à tendance républicaine envers lequel les démocrates se sentent optimistes.

M. Trump, quant à lui, a réduit ses publicités dans les deux États et a commencé à faire de même dans l’Ohio, qu’il a également remporté en 2016.

2020 n’est pas 2016

Doté d’un important budget à moins d’un mois avant le scrutin, le démocrate tente de placer le président sur la défensive à travers le pays et de créer une avance assez importante au collège électoral pour dissuader M. Trump de contester son éventuelle victoire. C’est d’autant plus important que M. Trump, qui a perdu le vote populaire en 2016, a déjà dit qu’il n’accepterait peut-être pas les résultats du scrutin cette année et a répété des allégations non fondées selon lesquelles l’utilisation accrue du vote par correspondance en pleine pandémie pourrait conduire à des fraudes électorales.

«2020 n’est pas 2016. Les « démocrates en déroute » s’inquiétant du fait que nous allons aller trop loin, ce n’est pas la réalité cette fois-ci», a affirmé Kelly Dietrich, fondatrice du National Democratic Training Committee, qui a travaillé avec environ 1500 des candidats du parti pour différentes postes à travers le pays. «Ils mènent une course solide axée sur les États pivots dont nous avons besoin pour gagner, mais ont maintenant des ressources excédentaires pour élargir leur portée.»

Les démocrates semblent avoir tiré des leçons de la campagne de 2016, lorsque Hillary Clinton s’était concentrée sur les États à tendance républicaine comme la Caroline du Nord et l’Arizona dans les dernières semaines de la campagne, pour finalement perdre ceux qui soutenaient depuis longtemps les démocrates, notamment le Michigan, le Wisconsin et la Pennsylvanie.

Le stratège démocrate Brad Bannon estime que «ce serait une erreur pour M. Biden de mettre la pédale douce», tout en ajoutant: «Je ne voudrais pas que M. Biden fasse la même erreur que Mme Clinton.»

«Je ferais attention, si j’étais M. Biden, de ne pas trop étendre la carte», a souligné M. Bannon.

Les conseillers du candidat démocrate se disent persuadés depuis des mois de pouvoir élargir la portée géographique de sa campagne sans renoncer à leur promesse de faire voyager leur candidat uniquement lorsque les directives sanitaires locales le permettent. L’adhésion à ce plan leur a permis de se rendre dans d’autres régions du pays à des moments bien choisis.

Garder le cap

S’exprimant lundi dans le quartier cubain de Miami, Joe Biden a pris soin de continuer à souhaiter un prompt rétablissement au président, mais a également critiqué la réponse de son administration à la pandémie.

«J’étais heureux de voir le président parler et enregistrer des vidéos ce week-end», a dit M. Biden. «Maintenant qu’il est occupé à tweeter des messages de campagne, je l’encourage à faire ceci: écouter les scientifiques.»

M. Biden s’est également détourné de son discours de campagne habituel sur la reconstruction de l’économie après la pandémie en affirmant: «La richesse et la beauté de Miami se construisent avec les liens de famille, de culture et de valeurs que nous partageons avec nos amis des Caraïbes et de l’Amérique latine.»

Les conseillers de M. Biden indiquent qu’ils n’ont jamais envisagé de suspendre sa campagne pendant que le président était hospitalisé, en particulier considérant que le vice-président Mike Pence assume maintenant un rôle plus important pour compenser l’absence de M. Trump sur le terrain.

«L’équipe Trump continue de mener sa campagne présidentielle, et nous allons continuer de mener notre campagne présidentielle», a affirmé Anita Dunn, stratège principale de M. Biden. «De toute évidence, les deux campagnes se poursuivent.»

Pourtant, M. Biden fait face à des questions persistantes quant à savoir s’il a été exposé au virus. Les Centres américains de prévention et de contrôle des maladies recommandent un isolement préventif de deux semaines après l’exposition d’une personne au virus. M. Biden a partagé la scène avec le président pendant 90 minutes lors du premier débat présidentiel de mardi soir.

M. Biden a indiqué qu’il avait été testé trois fois depuis et que tous les résultats étaient négatifs. Son équipe a promis qu’il serait testé régulièrement et s’est engagée à publier tous les résultats, mais n’a pas dit à quelle fréquence M. Biden subirait des tests, ni si l’isolement avait été envisagé après le débat.

Depuis que le président a été déclaré positif au virus, M. Biden et ses collaborateurs ont été encore plus disciplinés pour minimiser les risques de contagion. L’ancien vice-président garde maintenant son masque même lorsqu’il prononce des discours. Et lorsqu’il s’est arrêté pour répondre aux questions avant de monter à bord de l’avion pour Miami lundi, sa femme, Jill, l’a tiré pour l’empêcher de se rapprocher trop des journalistes, malgré le fait que tout le monde portait un masque.

«Nous n’allons pas mettre la santé des gens en danger pour une campagne politique», a assuré Mme Dunn, «mais nous allons faire campagne aussi vigoureusement que possible».

Will Weissert et Bill Barrow, The Associated Press

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