Pourquoi est-ce blanc, blanc, blanc de souche?
Ce matin-là, je suis descendu chercher mon latte au café italien, au coin de la rue, à quelques pas de chez moi. Le temps de l’infusion, j’ai pris le Journal de Montréal disposé gratuitement sur le comptoir. J’allais le feuilleter, mais je suis resté bloqué sur sa une. Hypnotisé!
C’était avant-hier, au lendemain du dépôt du budget de Marceau à l’Assemblée nationale. Évidemment, le Journal de Montréal a consacré une grande partie de son édition à l’analyse de l’état des recettes et dépenses de la nation. En mortaise, sur deux colonnes, des deux côtés de la une, les photos de dix chroniqueurs réguliers du journal ont été disposées avec les titres de leurs billets respectifs. Au milieu de la page de garde, une photo représentant une mère avec ses trois filles illustrait le grand titre de l’édition: fini les garderies à 7$.
Non, même si je suis papa de deux filles qui fréquentent des services de garde, ce n’est pas le titre qui m’a subjugué, mais ses photos. Les quatorze personnages de la une étaient blancs. Quatorze fois blanc de «souche»!
Tout à coup, le barista m’a servi mon café. Il m’a extirpé de mon ébranlement. En saisissant mon gobelet, j’ai fait un balayage visuel. Les six personnes autour de moi ne reflétaient pas l’homogénéité des personnages de la une du journal, ni, d’ailleurs, dans la rue, les passants empressés pour arriver à temps à leur rendez-vous. Et Dieu sait, je n’habite pas un quartier multiethnique.
De retour à mon bureau, j’ai sorti de mes archives un article qui avait provoqué en moi le même effet que la une du JdeM du jour. C’était au mois de novembre dernier. Dans Le Québec générique du PQ, Vincent Marissal nous a confessé que: « S’il y a une chose qui frappe lorsqu’on s’assoit dans les tribunes de l’Assemblée nationale et qu’on regarde en bas, vers les banquettes des députés dans le Salon bleu, c’est à quel point ce groupe d’élus est homogène. À part quelques très rares députés noirs, un d’origine iranienne ici, une Arabe là, c’est blanc, blanc, blanc. Du concentré “de souche”.»
Pourquoi cette aberration? Pourquoi n’arrive-t-on pas à refléter notre riche diversité dans notre représentation politique, dans notre fonction publique, dans nos œuvres artistiques et chez les faiseurs d’opinions de tous nos grands quotidiens payants et nos autres médias? Pourquoi n’arrive-t-on pas à attirer la compétence issue de cette richesse? Pourquoi n’arrive-t-on pas à tisser des liens avec les minorités culturelles et s’en rapprocher? Pourquoi?