Loi 33 : la ministre Thériault fait le point

Tranchemontagne Daphnée - TC Media
Les dernières semaines ont été mouvementées pour la députée provinciale d’Anjou, Lise Thériault. Celle qui occupe aussi le poste de ministre du Travail a déposé, le 6 octobre, le projet de Loi 33 qui propose, notamment, d’interdire le placement syndical sur les chantiers de construction. Cette proposition a soulevé les passions et a fait couler beaucoup d’encre. Mme Thériault nous explique pourquoi.

Le projet de Loi 33 émane des recommandations d’un groupe de travail, composé de différents acteurs du milieu de la construction. Celui-ci s’est penché sur six enjeux, soit la gouvernance de la Commission de la construction du Québec (CCQ), le placement de la main-d’œuvre, la votation et la négociation des conventions collectives, la transparence des comptes, la révision de la juridiction des métiers et la qualification de la main-d’œuvre.

« Lorsque vous regardez le projet de loi, ces questions sont toutes abordées. Il y a eu 57 recommandations. Quand j’ai rendu le rapport public, j’ai annoncé que je voulais les appliquer en intégralité. Il y a aussi d’autres mesures que celles sur le placement syndical, comme le changement de la composition du conseil d’administration de la CCQ et la durée des conventions collectives.

« Ce qu’il faut comprendre, c’est que tous les employés de la construction doivent être syndiqués. Quelqu’un peut faire six chantiers et donc avoir six employeurs différents durant une année. Il n’y a pas de lien d’emploi. Ça crée des conditions de travail à part. Quand tu commences à travailler dans la construction, tu dois choisir une accréditation syndicale. Dans le groupe de travail, on nous a dit qu’il y avait deux droits qui étaient bafoués : celui de travailler librement sans pression et celui de choisir son accréditation syndicale sans pression », explique Mme Thériault.

Un problème de longue date

Selon elle, le placement syndical a toujours posé problème. C’est pour cette raison qu’elle avoue ne pas être surprise de la réaction de certaines centrales syndicales.

« Depuis la Commission Cliche, dans les années 1970, le placement syndical a toujours posé problème. Avec le développement du Plan Nord, s’il n’y a rien qui change, ça ne sera pas mieux. L’industrie de la construction fait partie des choses que l’on doit changer pour que ça aille mieux », fait-elle savoir.

Des travailleurs de la construction ont manifesté pacifiquement devant les bureaux de la CCQ, à Montréal et à Québec, le 11 octobre. Toutefois, la tension entre les différents acteurs du milieu de la construction continue de monter. Cette semaine, un deuxième garde du corps a été affecté à la sécurité de Mme Thériault.

« Ce n’est pas à ma demande. La question de la sécurité est évaluée par le Service de protection des personnalités qui s’occupe des gardes du corps des ministres. Lorsqu’il a évalué que ma sécurité pourrait être compromise, il a jugé bon de me donner une deuxième garde du corps. Je laisse les professionnels faire leur travail et moi je fais le mien.

« Je n’ai pas peur et j’estime qu’il faut avoir le courage politique de prendre des décisions. Mon gouvernement et mon premier ministre m’appuient », dit-elle avec assurance.

Une mesure anti-collusion

Alors que la FTQ-Construction, une des centrales syndicales qui s’oppose au projet, accuse la ministre du Travail de vouloir « détourner l’attention de la population des scandales et de la corruption », Mme Thériault soutient que c’est justement pour contrer ces problèmes qu’elle a présenté ce projet de loi.

« Quand on impose un nombre de travailleurs sur un chantier, qu’on en met cinq ou six de trop, en fin de compte, c’est l’employeur qui doit payer. Le placement syndical se fait aussi sur les gros chantiers, c’est de l’argent public. Du moment qu’on ne dénonce pas et qu’on se tait, c’est de la collusion ça aussi, à mon avis », argue-t-elle.

Malgré tout, Mme Thériault se dit défavorable à la tenue d’une commission d’enquête.

« Il faut comprendre que j’ai deux organismes sous ma responsabilité, la CCQ et la Régie du bâtiment, qui ont des enquêteurs. Il ne faut pas compromettre les enquêtes et les preuves », estime-t-elle.

Les personnes qui désirent se prononcer sur le projet de Loi 33 pourront le faire dans le cadre de la commission parlementaire. Pour en savoir davantage, on consulte le site Internet du ministère du Travail : www.travail.gouv.qc.ca.

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