Vingt ans
Je me souviens du 6 décembre 1989, de la tragédie de la Polytechnique. J’atterrissais à Mirabel en fin de journée. Fraîchement entrée sur le marché du travail, diplôme en main, j’avais décidé de prendre des vacances. En touchant le sol à Mirabel, j’étais loin de penser que mes certitudes allaient être bousculées.
À peine sortie de l’université, je croyais que tout était possible. L’avenir devait être aussi ouvert pour moi que pour n’importe quel gars avec qui j’avais partagé les bancs de l’école. D’autres femmes étaient passées avant nous. Elles avaient défoncé les portes. Il ne restait plus maintenant qu’à donner le meilleur de nous-mêmes pour assurer la pérennité de leur héritage.
Le 6 décembre 1989, j’ai compris que tout n’était pas aussi simple. Quatorze filles, qui auraient pu être mes amies, sont tombées sous les balles de Marc Lépine. Elles étaient le symbole de l’époque. Jeunes, étudiantes en sciences, elles représentaient le changement qui prenait racine.
Après la rumeur, la nouvelle s’est rapidement répandue. Touché, choqué, révolté, le Québec s’est serré les coudes. Il a pleuré ses filles. Puis, mené par Heidi Rathjen, il s’est mobilisé et a milité pour l’adoption de la Loi sur le contrôle des armes à feu. Six ans plus tard, l’État a donné à cette tragédie inexplicable un repère, le registre des armes à feu.
Il n’est pas surprenant que ce registre garde pour nous une signification particulière. Toutefois, avec le temps qui passe, on se rend compte de l’utilité, mais aussi des limites d’un tel outil. La tuerie de Dawson a d’ailleurs été un rappel brutal qu’il n’y a pas de solution miracle.
Le temps n’efface pas les cicatrices. Il donne au moins du recul. Aujourd’hui, je comprends bien que derrière le geste de Marc Lépine, il y avait non seulement la misogynie et les armes en cause, mais que la détresse mentale a été un élément clé.
Vingt ans déjà, le temps passe rapidement. Il laisse aussi des traces. Si la date du 6 décembre demeure encore bien présente, c’est parce que, comme société, nous savons que rien n’est acquis. Il faut continuer d’être vigilant. Le contrôle des armes, la violence faite aux femmes et la santé mentale sont des enjeux sur lesquels nous devons continuer de plancher. C’est aussi ça, notre devoir de mémoire.